{"id":356,"date":"2017-08-28T16:59:10","date_gmt":"2017-08-28T14:59:10","guid":{"rendered":"http:\/\/antithesi.gr\/?p=356"},"modified":"2018-05-30T11:09:39","modified_gmt":"2018-05-30T09:09:39","slug":"356","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antithesi.gr\/?p=356","title":{"rendered":"\u00c0 propos de l\u2019\u00e9cologie du capitalisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">[Ce texte sera publi\u00e9 en grec dans le premier num\u00e9ro d\u2019un nouveau magazine d\u2019ici fin 2017.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c0 propos de l\u2019\u00e9cologie du capitalisme [<a href=\"https:\/\/antithesi.gr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/A_propos.pdf\">Download pdf<\/a>]<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement de la production s\u2019est enti\u00e8rement v\u00e9rifi\u00e9 jusqu\u2019ici en tant<\/em> <em>qu\u2019accomplissement de l\u2019<\/em>\u00e9conomie politique\u00a0<em>: d\u00e9veloppement de la mis\u00e8re qui a envahi et<\/em> <em>ab\u00eem\u00e9 le milieu m\u00eame de la vie [\u2026] Dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie surd\u00e9velopp\u00e9e, tout est<\/em> <em>entr\u00e9 dans la sph\u00e8re des <\/em>biens \u00e9conomiques<em>, m\u00eame l\u2019eau des sources et l\u2019air des villes, c\u2019est-<\/em>\u00e0-dire que toit est devenu le <em>mal \u00e9conomique<\/em>, \u2018reniement achev\u00e9 de l\u2019homme\u2019\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Guy Debord, <em>La plan\u00e8te malade<\/em>, Gallimard 1971, page 85.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le processus d\u2019expansion du mode de production capitaliste \u00e0 une \u00e9chelle mondiale au cours du si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9 a \u00e9t\u00e9, en m\u00eame temps, un processus de transformation de la biosph\u00e8re dans son ensemble. Ce processus a eu pour cons\u00e9quence de bouleverser l\u2019\u00e9quilibre \u00e9cologique de la plan\u00e8te, \u00e9quilibre qui s\u2019\u00e9tait maintenu depuis 10 000 ans, p\u00e9riode g\u00e9ologique connue sous le nom d\u2019Holoc\u00e8ne. Selon des \u00e9tudes scientifiques r\u00e9centes, les principaux aspects de cette transformation \u00e9cologique plan\u00e9taire sont les suivants<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify; font-size: 11pt;\">\n<li><strong>Augmentation de la temp\u00e9rature moyenne de la plan\u00e8te<\/strong> due \u00e0 une concentration accrue de gaz carbonique et d\u2019autres gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re. Cet accroissement r\u00e9sulte \u00e0 la fois de la combustion des carburants fossiles qui fournissent son \u00e9nergie \u00e0 la production et \u00e0 la reproduction capitaliste, ainsi que des \u00e9missions dont l\u2019origine est le mode de production agricole capitaliste.<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a><\/li>\n<li><strong>\u00c9norme perte de biodiversit\u00e9<\/strong>, due, principalement, \u00e0 la conversion d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes forestiers en zones de production agricole ou en tissu urbain. Certains pr\u00e9disent que d\u2019ici la fin du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, jusqu\u2019\u00e0 30% de tous les mammif\u00e8res, des oiseaux et des amphibiens seront menac\u00e9s d\u2019extinction.<\/li>\n<li><strong>Perturbation des cycles de l\u2019azote et du phosphore<\/strong>, dont les taux de plus en plus \u00e9lev\u00e9s passent dans l\u2019atmosph\u00e8re, dans les oc\u00e9ans et dans les lacs de la plan\u00e8te\u00a0; cette perturbation est due \u00e0 l\u2019utilisation massive d\u2019engrais par l\u2019agriculture capitaliste. La pollution des oc\u00e9ans a m\u00eame entra\u00een\u00e9 des \u00e9pisodes anoxiques localis\u00e9s (par exemple dans la mer Baltique) au cours desquels les niveaux d\u2019oxyg\u00e8ne dans la mer baissaient de mani\u00e8re significative.<\/li>\n<li>Outre les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9crits ci-dessus, la <strong>diminution de l\u2019ozone atmosph\u00e9rique<\/strong> et le niveau d\u2019<strong>acidification des oc\u00e9ans<\/strong> ont atteint un seuil critique.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 une \u00e9chelle g\u00e9ographique plus localis\u00e9e, toutes ces \u00e9volutions environnementales se manifestent donc de plusieurs mani\u00e8res\u00a0: accroissement consid\u00e9rable de la fr\u00e9quence des ouragans, d\u00e9sertification de vastes territoires dans plusieurs parties du monde, d\u00e9forestation, augmentation de la fr\u00e9quence de ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques extr\u00eames telles les inondations et les s\u00e9cheresses de longue dur\u00e9e, \u00e9mergence de nouvelles maladies qui se transmettent de mani\u00e8re impr\u00e9visible, etc. En m\u00eame temps, la productivit\u00e9 de l\u2019agriculture s\u2019est consid\u00e9rablement ralentie \u00e0 cause de l\u2019\u00e9puisement des sols. En outre, les nouvelles m\u00e9thodes de culture biotechnologiques bas\u00e9es sur les plantes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 inverser cette tendance en raison de l\u2019apparition de ce que l\u2019on appelle les \u00ab\u00a0mauvaises herbes super r\u00e9sistantes\u00a0\u00bb. Entre 1980 et 2008, la production mondiale de bl\u00e9 et de ma\u00efs a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite de respectivement 5,5% et 3,8% si on la compare \u00e0 une analyse contrefactuelle ne faisant pas \u00e9tat des tendances climatiques.<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a> Ces ph\u00e9nom\u00e8nes ont des effets n\u00e9gatifs sur les conditions de vie du prol\u00e9tariat mondial. Les fractions les plus faibles et les plus pauvres du prol\u00e9tariat sont affect\u00e9es de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e car elles doivent affronter jusqu\u2019\u00e0 des p\u00e9nuries de nourriture et d\u2019eau potable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon l\u2019id\u00e9ologie apolog\u00e9tique qui caract\u00e9rise l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9conomie environnementale\u00a0\u00bb, l\u2019accumulation de polluants et de substances toxiques, c\u2019est-\u00e0-dire la destruction des conditions naturelles requises pour la satisfaction des besoins humains, r\u00e9sulte d\u2019un conflit inh\u00e9rent entre l\u2019humanit\u00e9 et la nature ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019homme.<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a> On ne veut pas voir que ces transformations ont le mode de production capitaliste pour origine. Les natures ext\u00e9rieures \u00a0\u00e0 l\u2019homme, c\u2019est-\u00e0-dire les conditions naturelles et les ressources que la production capitaliste ne peut (re)produire, sont consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00ab\u00a0dons de la nature\u00a0\u00bb usurp\u00e9s par les capitalistes sans qu\u2019ils en paient le prix. Lorsque la d\u00e9gradation de l\u2019environnement fait obstacle \u00e0 la reproduction \u00e9largie du capital parce qu\u2019elle entra\u00eene, par exemple, soit un ralentissement de la productivit\u00e9 agricole, soit un accroissement des d\u00e9penses pour combattre les maladies li\u00e9es \u00e0 la pollution et, par cons\u00e9quent, \u00e0 une augmentation de la valeur de la force de travail, on qualifie les ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9gradation de l\u2019environnement d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0externalit\u00e9s environnementales\u00a0\u00bb ou d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9conomies externes\u00a0\u00bb.<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de proc\u00e9der \u00e0 une critique plus d\u00e9taill\u00e9e des \u00ab\u00a0solutions\u00a0\u00bb propos\u00e9es par \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie environnementale\u00a0\u00bb, qui tournent surtout autour de la mon\u00e9tarisation de la nature, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0internalisation\u00a0\u00bb des ressources et des conditions naturelles dans le march\u00e9 capitaliste, nous tenterons, \u00e0 l\u2019aide des outils de la critique marxienne de l\u2019\u00e9conomie politique, de montrer pourquoi la domination du mode de production capitaliste est intimement li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9valorisation permanente \u00e0 la fois de la nature humaine et de la nature ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019homme. Dans la derni\u00e8re partie du texte, nous essaierons de pr\u00e9senter une critique de certains aspects des luttes sociales qui se sont dress\u00e9es contre la d\u00e9valorisation de la nature et de faire preuve d\u2019esprit critique envers les id\u00e9ologies qui sont apparues et ont fait obstacle \u00e0 leur d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1 \u2013 La loi de la valeur et la nature en tant que non-valeur.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l\u2019homme et la nature, un acte dans lequel l\u2019homme harmonise, r\u00e8gle et contr\u00f4le, par sa propre action, ses \u00e9changes organiques avec la nature.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">K. Marx, Le Capital.<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Le travail <strong>n\u2019est pas la source<\/strong> de toute richesse. <\/em>La <strong><em>nature<\/em><\/strong><em> est tout autant la source des valeurs d\u2019usage (et c\u2019est bien en cela que consiste la richesse mat\u00e9rielle\u00a0!) que le travail, qui n\u2019est lui-m\u00eame que la manifestation d\u2019une force mat\u00e9rielle, de la force de travail humaine.\u00a0\u00bb<\/em> K. Marx.<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La production capitaliste des marchandises repose \u00e0 la fois sur le travail humain et sur la nature. Cependant, la valeur des marchandises n\u2019est d\u00e9termin\u00e9e que par le temps de travail abstrait socialement n\u00e9cessaire que requiert leur production. L\u2019expression en argent de la valeur sociale, qui est la forme sous laquelle appara\u00eet n\u00e9cessairement le travail abstrait, entra\u00eene \u00e0 cet \u00e9gard la d\u00e9valorisation de la nature non-humaine.<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a> Et cette d\u00e9valorisation n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une expression de la contradiction entre la valeur d\u2019usage et la valeur qui se dissimule sous la forme de la marchandise. Comme Marx l\u2019a \u00e9crit dans <em>Le Capital<\/em>, \u00ab\u00a0<em>comme valeur d\u2019\u00e9change [les marchandises] ne contiennent pas un atome de valeur d\u2019usage<\/em>\u00a0\u00bb et, par cons\u00e9quent, pas un atome de nature non-humaine.<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re homog\u00e8ne, divisible, mobile et quantitativement illimit\u00e9 de la forme de la valeur est en opposition directe avec la diversit\u00e9 qualitative, la sp\u00e9cificit\u00e9 locale, les limites quantitatives, et le caract\u00e8re unitaire et indivisible des valeurs d\u2019usage produites par la nature. \u00ab\u00a0<em>La contradiction entre la nature particuli\u00e8re de la marchandise (produit) et sa nature g\u00e9n\u00e9rale (valeur d\u2019\u00e9change) fait n\u00e9cessairement qu\u2019elle existe sous une double forme\u00a0: marchandise d\u00e9termin\u00e9e d\u2019une part, et argent<\/em> <em>d\u2019autre part. D\u2019embl\u00e9e la contradiction entre les propri\u00e9t\u00e9s naturelles sp\u00e9cifiques et les propri\u00e9t\u00e9s g\u00e9n\u00e9rales et sociales fait que ces deux formes d\u2019existence peuvent ne pas se convertir l\u2019une dans l\u2019autre.\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, la tendance du capital \u00e0 une expansion illimit\u00e9e et continue en tant que valeur auto valorisante entre en conflit avec les conditions mat\u00e9rielles et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res d\u00e9termin\u00e9es par la nature qu\u2019exige la production (surtout) agricole, c\u2019est-\u00e0-dire les cycles de reproduction biologiques des animaux et des v\u00e9g\u00e9taux. Ce conflit concerne particuli\u00e8rement le besoin qu\u2019a le capital de r\u00e9duire sans cesse son temps de rotation (c\u2019est-\u00e0-dire la somme de son temps de production et de son temps de circulation) de telle sorte que la valeur et la plus-value produites au cours d\u2019une ann\u00e9e du cycle \u00e9conomique soit multipli\u00e9e. Cette \u00ab\u00a0<em>compression du temps-espace<\/em>\u00a0\u00bb, comme l\u2019a appel\u00e9e David Harvey<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a>, a donn\u00e9 lieu \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration \u00e0 la fois bizarre et terrifiante de la production de la nature\u00a0: p\u00eacheries produisant des saumons transg\u00e9niques \u00e0 croissance rapide, vaches bourr\u00e9es d\u2019hormones produisant leur lait plus pr\u00e9cocement et, plus spectaculaire encore, le passage du poulet de 73 jours en 1955 \u00e0 celui de 42 jours en 2005<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2 \u2013 La dissociation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Marx le d\u00e9montre clairement dans <em>Les th\u00e9ories sur la plus-value<\/em>, la valeur de production dans le capitalisme sous-entend l\u2019ali\u00e9nation du travail\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Le capital n\u2019est production de valeur que comme <strong>rapport<\/strong>, dans la mesure o\u00f9, contrainte du travail salari\u00e9, il contraint celui-ci \u00e0 fournir du surtravail ou encore stimule la force productive du travail, afin de cr\u00e9er de la plus-value relative. Dans un cas comme dans l\u2019autre, il ne produit de la valeur que comme pouvoir sur le travail, devenu <strong>\u00e9tranger<\/strong> \u00e0 ce travail, des conditions objectives propres de celui-ci, somme toute uniquement comme une des formes du travail salari\u00e9 lui-m\u00eame, comme condition du travail salari\u00e9. Mais dans le sens que lui donnent d\u2019ordinaire les \u00e9conomistes, comme travail accumul\u00e9 existant en argent ou en marchandises, le capital, de m\u00eame que toutes les conditions de travail, y compris les <strong>forces de<\/strong><\/em> <strong><em>la nature<\/em><\/strong> <strong><em>qu\u2019on ne r\u00e9tribue pas<\/em><\/strong><em>, a une action productive dans le proc\u00e8s de travail, dans la cr\u00e9ation de valeurs d\u2019usage, mais il ne devient jamais source de valeur.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\"><strong>[13]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et une centaine de pages plus loin\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>L\u2019erreur de Ricardo<\/em> <em>est de ne s\u2019\u00eatre souci\u00e9 que de la <strong>magnitude<\/strong> de la valeur. Son attention porte par cons\u00e9quent principalement sur <strong>les quantit\u00e9s relatives de travail<\/strong> que repr\u00e9sentent les diff\u00e9rentes marchandises ou qu\u2019incarnent les marchandises en tant que valeurs. Mais il faut repr\u00e9senter comme travail <strong>social<\/strong>, comme travail individuel ali\u00e9n\u00e9, le travail qu\u2019elles int\u00e8grent.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Les manuscrits \u00e9conomico-philosophiques de 1844<\/em>, Marx soutient que l\u2019ali\u00e9nation du travail dans le capitalisme est en m\u00eame temps une ali\u00e9nation de la nature par rapport \u00e0 l\u2019homme (sic)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Nous avons consid\u00e9r\u00e9 l\u2019acte de l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019activit\u00e9 pratique humaine, c\u2019est-\u00e0-dire du travail, sous deux aspects. 1) Le rapport du travailleur au <strong>produit du travail<\/strong> comme \u00e0 un objet \u00e9tranger et ayant barre sur lui. Ce rapport est en m\u00eame temps le rapport au monde ext\u00e9rieur sensible, aux objets naturels comme \u00e0 un monde \u00e9tranger se tenant face \u00e0 lui de mani\u00e8re hostile. [\u2026] La nature est le corps propre non organique de l\u2019homme \u2013 o\u00f9 il faut entendre la nature dans la mesure o\u00f9 elle n\u2019est pas elle-m\u00eame le corps humain. L\u2019homme<strong> vit <\/strong>de la nature signifie\u00a0: la nature est son <strong>corps propre<\/strong>, avec lequel il faut qu\u2019il demeure dans un processus continuel pour ne pas mourir. Le fait que la vie physique et spirituelle de l\u2019homme soit d\u00e9pendante de la nature, n\u2019a pas d\u2019autre sens que celui-ci\u00a0: la nature est d\u00e9pendante d\u2019elle-m\u00eame, car l\u2019homme est une partie de la nature.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En ce que le travail ali\u00e9n\u00e9 ali\u00e8ne l\u2019homme de la nature [\u2026] Le travail ali\u00e9n\u00e9 fait donc\u00a0: de <strong>l\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9rique de l\u2019homme<\/strong>, aussi bien la nature que sa facult\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique spirituelle, un \u00eatre qui lui est <strong>\u00e9tranger<\/strong>, un <strong>moyen<\/strong> de son <strong>existence individuelle<\/strong>.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 davantage d\u00e9velopp\u00e9e dans <em>Grundrisse<\/em> o\u00f9 Marx a, pour la premi\u00e8re fois, pr\u00e9sent\u00e9 le processus historique qui permettrait d\u2019expliquer la rupture de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 active et vivante avec les conditions naturelles de ses \u00e9changes m\u00e9taboliques avec la nature, \u00ab\u00a0<em>Cette s\u00e9paration absolue<\/em> <em>entre la propri\u00e9t\u00e9 et le travail, entre la force de travail vivante et les conditions de sa r\u00e9alisation, entre la valeur et l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice de valeur fait que le contenu m\u00eame du travail est \u00e9tranger \u00e0 l\u2019ouvrier.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire le processus historique qui aboutit finalement \u00e0 la s\u00e9paration des producteurs et des moyens de production\u00a0: le processus historique de ce que l\u2019on appelle accumulation primitive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme il ne manque pas de l\u2019\u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le rapport du travail au capital, ou aux conditions objectives du travail en tant que capital, pr\u00e9suppose un processus historique qui dissout les formes vari\u00e9es qui font un propri\u00e9taire du travailleur, ou sous lesquelles le propri\u00e9taire travaille. Ainsi [cela pr\u00e9suppose] par-dessus tout la dissolution du rapport \u00e0 la terre \u2013 sol et territoire \u2013 en tant que condition naturelle de production \u2013 \u00e0 laquelle il est reli\u00e9 comme \u00e0 son propre \u00eatre inorganique. <\/em>\u00bb<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte m\u00eame\u00a0: \u00ab<em>En effet, la nature devient un pur objet pour l\u2019homme, une chose utile. On ne la reconna\u00eet plus comme une puissance. L\u2019intelligence th\u00e9orique des lois naturelles a tous les aspects de la ruse qui cherche \u00e0 soumettre<\/em>\u00a0<em>la nature aux besoins humains, soit comme objet de consommation, soit comme objet de production.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De m\u00eame, le capital se d\u00e9veloppe irr\u00e9sistiblement au-del\u00e0 des barri\u00e8res nationales et des pr\u00e9jug\u00e9s\u00a0; il ruine la divinisation de la nature en m\u00eame temps que les coutumes ancestrales\u00a0: il d\u00e9truit la satisfaction de soi, cantonn\u00e9e dans des limites \u00e9troites et bas\u00e9e sur un mode de vie et de reproduction traditionnel. Il abat tout cela et il est lui-m\u00eame en r\u00e9volution constante, brisant toutes les entraves au d\u00e9veloppement des forces productives, \u00e0 l\u2019\u00e9largissement des besoins, \u00e0 la diversit\u00e9 de la production, \u00e0 l\u2019exploitation et \u00e0 l\u2019\u00e9change de toutes les forces naturelles et spirituelles.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le capital ressent toute limite comme une entrave, et la surmonte id\u00e9alement, mais il ne l\u2019a pas pour autant surmont\u00e9e en r\u00e9alit\u00e9\u00a0: comme chacune de ces limites est en opposition avec la d\u00e9mesure inh\u00e9rente au capital, sa production se meut dans des contradictions constamment surmont\u00e9es, mais tout aussi constamment recr\u00e9\u00e9es.<\/em>\u00bb<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de ces deux changements catastrophiques dans les \u00e9cosyst\u00e8mes localis\u00e9s et p\u00e9riph\u00e9riques et du bouleversement plus global de l\u2019\u00e9quilibre \u00e9cologique plan\u00e9taire. Cependant, pour savoir comment cette \u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0crise \u00e9cologique\u00a0\u00bb devient r\u00e9alit\u00e9, il faut \u00e9tudier et analyser concr\u00e8tement l\u2019histoire du d\u00e9veloppement capitaliste. On ne trouvera pas imm\u00e9diatement la r\u00e9ponse \u00e0 cette question dans la dialectique abstraite des contradictions de la production de la marchandise capitaliste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3 \u2013 La rupture dans le m\u00e9tabolisme.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx exprime en termes concrets ce que signifie mat\u00e9riellement la s\u00e9paration de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature dans le volume III du <em>Capital. <\/em>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il introduit le concept de \u00ab\u00a0<em>rupture dans<\/em> <em>le m\u00e9tabolisme<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: la rupture du m\u00e9tabolisme entre la soci\u00e9t\u00e9 et la nature. Cette rupture r\u00e9sulte du renforcement de l\u2019opposition entre la ville et la campagne, c\u2019est-\u00e0-dire la division g\u00e9ographique de la production capitaliste qui concentre les industries dans les zones urbaines et l\u2019agriculture \u00e0 la campagne. Selon cette conception, puisqu\u2019une petite partie de la classe ouvri\u00e8re est employ\u00e9e par l\u2019agriculture capitaliste, la majeure partie de la population se concentre dans les villes. De cette mani\u00e8re, les nutriments et les \u00e9l\u00e9ments que l\u2019on extrait de la terre pour produire la nourriture, les v\u00eatements et les logements de la population ne sont pas recycl\u00e9s et se transforment en polluants dans les villes. Il est \u00e9vident que les ph\u00e9nom\u00e8nes du bouleversement \u00e9cologique contemporain, tels que la perturbation des cycles de l\u2019azote et du phosphore, ainsi que l\u2019acidification des oc\u00e9ans dont nous avons parl\u00e9 dans l\u2019introduction, peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s\u00a0 en se basant sur le concept de \u00ab\u00a0<em>rupture dans le m\u00e9tabolisme<\/em>\u00a0\u00bb introduit par Marx il y a 150 ans. Dans ce contexte, voici ce qu\u2019\u00e9crit Marx dans le volume III\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>En dehors du fait que les m\u00e9thodes d\u2019exploitation ne correspondent pas au niveau de d\u00e9veloppement social, mais aux conditions accidentelles et fort in\u00e9gales dans lesquelles les producteurs sont individuellement plac\u00e9s, nous assistons dans ces deux formes <\/em>[petite et grande culture]<em> \u00e0 une exploitation gaspilleuse des ressources du sol au lieu d\u2019une culture consciencieuse et rationnelle de la terre, propri\u00e9t\u00e9 commune et \u00e9ternelle, condition inali\u00e9nable de l\u2019existence et de la reproduction de g\u00e9n\u00e9rations humaines qui se relaient. <\/em>[\u2026] <em>En outre, la grande propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re r\u00e9duit la population agricole \u00e0 un minimum toujours d\u00e9croissant, lui opposant une population industrielle sans cesse croissante agglom\u00e9r\u00e9e dans les grandes villes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les conditions ainsi cr\u00e9\u00e9es provoquent une <strong>rupture irr\u00e9m\u00e9diable<\/strong> dans le m\u00e9tabolisme d\u00e9termin\u00e9 par les lois de la vie, d\u2019o\u00f9 le gaspillage des ressources de la terre que le commerce \u00e9tend bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales. <\/em>[\u2026] <em>La grande industrie et la grande agriculture m\u00e9canis\u00e9e agissent de concert. Si, \u00e0 l\u2019origine, la premi\u00e8re tend \u00e0 ravager et \u00e0 ruiner la force de travail, donc la force naturelle de l\u2019homme, tandis que la seconde s\u2019attaque directement \u00e0 la force naturelle de la terre, elles finissent par se conjuguer dans leur marche en avant\u00a0: le syst\u00e8me industriel \u00e0 la campagne affaiblit \u00e9galement les travailleurs et, pour leur part, l\u2019industrie et le commerce procurent \u00e0 l\u2019agriculture les moyens d\u2019\u00e9puiser la terre.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\"><strong>[19]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La rupture dans le m\u00e9tabolisme entre la soci\u00e9t\u00e9 et la nature s\u2019accompagne, par cons\u00e9quent, du gaspillage et de la destruction de la force de travail, de la force naturelle humaine, puisque la production de la plus-value se base sur la plus grande exploitation possible de la main d\u2019\u0153uvre, au point de la ravager et de la d\u00e9former en augmentant le temps de travail et son intensification, mais aussi parce que la sant\u00e9 des travailleurs est d\u00e9truite sous l\u2019effet de la pollution. Ces deux aspects compl\u00e9mentaires de la destruction des forces naturelles de l\u2019homme et de la terre sont pr\u00e9sent\u00e9s avec encore plus de clart\u00e9 dans le volume I du <em>Capital\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Avec la pr\u00e9pond\u00e9rance toujours croissante de la population des villes qu\u2019elle agglom\u00e8re dans de grands centres, la production capitaliste [\u2026] trouble [\u2026] les \u00e9changes organiques entre l\u2019homme et la terre, en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses \u00e9l\u00e9ments de fertilit\u00e9, des ingr\u00e9dients chimiques qui lui sont enlev\u00e9s et us\u00e9s sous forme d\u2019aliments, de v\u00eatements, etc. [\u2026] Dans l\u2019agriculture moderne, de m\u00eame que dans l\u2019industrie des villes, l\u2019accroissement de productivit\u00e9 et le rendement sup\u00e9rieur du travail s\u2019ach\u00e8tent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. En outre, chaque progr\u00e8s de l\u2019agriculture capitaliste est un progr\u00e8s non seulement dans l\u2019art d\u2019exploiter le travailleur, mais encore dans l\u2019art de d\u00e9pouiller le sol\u00a0; chaque progr\u00e8s dans l\u2019art d\u2019accro\u00eetre sa fertilit\u00e9 pour un temps, un progr\u00e8s dans la ruine de ses sources durables de fertilit\u00e9. [\u2026] La production capitaliste ne d\u00e9veloppe donc la technique et la combinaison du processus de<\/em> <em>production sociale qu\u2019en \u00e9puisant en m\u00eame temps les deux sources d\u2019o\u00f9 jaillit toute richesse\u00a0: <strong>la terre et le travailleur<\/strong><\/em>\u00bb<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a> et\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Le capital ne s\u2019inqui\u00e8te point\u00a0 de la dur\u00e9e de la force de travail. Ce qui l\u2019int\u00e9resse uniquement, c\u2019est le maximum qui peut en \u00eatre d\u00e9pens\u00e9 dans une journ\u00e9e. Et il atteint son but en abr\u00e9geant la vie du travailleur, de m\u00eame qu\u2019un agriculteur avide obtient de son sol un plus fort rendement en \u00e9puisant sa fertilit\u00e9.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\"><strong>[21]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien entendu, lorsque Marx fit ces observations, l\u2019\u00c9tat-providence capitaliste n\u2019existait pas encore. Contrairement \u00e0 la myopie et \u00e0 l\u2019avidit\u00e9 des individus capitalistes, l\u2019\u00c9tat-providence capitaliste tente de g\u00e9rer l\u2019exploitation de la force de travail et de la nature plus rationnellement dans le but de favoriser un d\u00e9ploiement plus ais\u00e9 de la reproduction \u00e9largie du capital social total. Le capitalisme de l\u2019\u00c9tat-providence fait \u00e0 son tour appara\u00eetre de nouvelles contradictions et de nouveaux antagonismes qu\u2019il cherche \u00e0 surmonter par le biais de la politique du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb que nous pr\u00e9senterons et critiquerons plus loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Marx, l\u2019\u00e9largissement des besoins sociaux n\u2019exige pas forc\u00e9ment l\u2019aggravation de la rupture dans le m\u00e9tabolisme et l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles \u00e0 la Malthus\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Avec son d\u00e9veloppement, cet empire de la n\u00e9cessit\u00e9 naturelle s\u2019\u00e9largit parce que les besoins se multiplient\u00a0; mais, en m\u00eame temps, se d\u00e9veloppe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la libert\u00e9 ne peut consister qu\u2019en ceci\u00a0: les producteurs associ\u00e9s &#8211;\u00a0 l\u2019homme socialis\u00e9 \u2013 r\u00e8glent de mani\u00e8re rationnelle leurs \u00e9changes organiques avec la nature et les soumettent \u00e0 leur contr\u00f4le commun au lieu d\u2019\u00eatre domin\u00e9s par la puissance aveugle de ces \u00e9changes\u00a0; et ils les accomplissent en d\u00e9pensant le moins d\u2019\u00e9nergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes \u00e0 leur nature humaine.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\"><strong>[22]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u2019autres termes, le communisme mettra fin \u00e0 la s\u00e9paration de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9gulation rationnelle du m\u00e9tabolisme avec la nature, gr\u00e2ce \u00e0 la satisfaction des nombreux et divers besoins humains en d\u00e9pensant le moins possible d\u2019\u00e9nergie et en d\u00e9veloppant de nouvelles forces productives qui n\u2019\u00e9puiseront pas la fertilit\u00e9 naturelle. Jason Moore cite la \u00ab\u00a0permaculture\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0syst\u00e8me d\u2019intensification du riz\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a> comme des exemples de la mani\u00e8re dont une soci\u00e9t\u00e9 communiste pourrait orienter sa production agricole.<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De toute mani\u00e8re, Marx \u00e9tait tr\u00e8s clair sur ce point\u00a0: ni les capitalistes ni la soci\u00e9t\u00e9 humaine dans son ensemble ne sont propri\u00e9taires de la terre\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Dans une organisation \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre, le droit de propri\u00e9t\u00e9 de certains individus sur le globe terrestre para\u00eetra aussi absurde que le droit de propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un \u00eatre humain sur un autre. Aucune soci\u00e9t\u00e9, aucun peuple ni m\u00eame toutes les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019une \u00e9poque prises ensemble ne sont les propri\u00e9taires de la terre. Ils n\u2019en sont que les possesseurs, les usufruitiers, et ils devront la l\u00e9guer aux g\u00e9n\u00e9rations futures apr\u00e8s l\u2019avoir <strong>am\u00e9lior\u00e9e<\/strong> en bons p\u00e8res de famille <\/em>[boni patres familias]<em>.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4 \u2013 L\u2019appropriation gratuite (le pillage) des \u00e9l\u00e9ments de la richesse naturelle.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la seconde partie de ce texte, nous montrerons pourquoi la production et l\u2019accumulation de la valeur capitaliste est en m\u00eame temps un rapport de d\u00e9valorisation de la nature non humaine. L\u2019appropriation gratuite ou la moins co\u00fbteuse possible de tous les \u00e9l\u00e9ments de la richesse sociale et naturelle contribue \u00e0 \u00e9conomiser le capital constant et variable et sert donc \u00e0 accro\u00eetre \u00e0 la fois le taux de plus-value et le taux de profit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>On voit ici d\u2019une mani\u00e8re frappante qu\u2019un moyen de production ne transmet jamais au produit plus de valeur qu\u2019il n\u2019en perd lui-m\u00eame par son d\u00e9p\u00e9rissement dans le cours du travail. S\u2019il n\u2019avait aucune valeur \u00e0 perdre, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas lui-m\u00eame un produit du travail humain, il ne pourrait transf\u00e9rer au produit aucune valeur. Il servirait \u00e0 former des objets usuels sans servir \u00e0 former des valeurs. C\u2019est le cas qui se pr\u00e9sente avec tous les moyens de production que fournit la nature, sans que l\u2019homme y soit pour rien, avec la terre, l\u2019eau, le vent, le fer dans la veine m\u00e9tallique, le bois dans la for\u00eat primitive, et ainsi de suite.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\"><strong>[26]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0On a vu que les forces productives r\u00e9sultant de la coop\u00e9ration et de la division du travail ne co\u00fbtent rien au capital. Ce sont les forces naturelles du travail social. Les forces physiques appropri\u00e9es \u00e0 la production, telles que l\u2019eau, la vapeur, etc., ne co\u00fbtent rien non plus.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\"><strong>[27]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Le fabricant paie son charbon\u00a0; il ne paie pas la capacit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019eau de modifier son \u00e9tat physique et de se faire vapeur. Cette monopolisation des forces naturelles, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019accroissement de la force de travail qu\u2019elles produisent, est commune \u00e0 tout capital qui se sert de machines \u00e0 vapeur. Il peut se faire qu\u2019elle augmente une portion du produit du travail, celle qui repr\u00e9sente la plus-value, par rapport \u00e0 la portion qui est transform\u00e9e en salaires.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\"><strong>[28]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, l\u2019appropriation gratuite de la richesse naturelle d\u00e9pr\u00e9cie, chaque fois que cela est possible, le moyen de production, \u00e0 savoir le capital constant, et fonctionne ainsi en tant que facteur de neutralisation dans la composition de la valeur du capital et, par cons\u00e9quent, de la tendance \u00e0 la baisse du taux de profit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons affirmer que le capitalisme est, d\u2019une part, contr\u00f4le du travail gratuit de la classe ouvri\u00e8re dans la production de la marchandise capitaliste, dans le sens que la valeur que repr\u00e9sentent les salaires est inf\u00e9rieure \u00e0 la valeur produite par le travail<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a>, et que, d\u2019autre part, il est contr\u00f4le \u00e0 la fois du travail domestique non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 (qui, \u00e0 cause de la pr\u00e9dominance de la division sexu\u00e9e du travail, est principalement effectu\u00e9 par les femmes) et du \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb fourni gratuitement par les sources naturelles de la richesse. Dans le premier cas, l\u2019<strong>exploitation<\/strong> du travail salari\u00e9 produit de la valeur et de la plus-value. Dans le second cas, l\u2019appropriation gratuite des valeurs d\u2019usage produites par le \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 de la nature et du travail domestique contribue \u00e0 la d\u00e9pr\u00e9ciation du capital variable et constant et, par cons\u00e9quent, \u00e0 l\u2019augmentation de la plus-value et du profit. Ainsi, nous pouvons soutenir, en suivant l\u2019analyse de Jason Moore, que le capitalisme est bas\u00e9 sur la fragmentation des rapports de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste avec la nature\u00a0: les forces naturelles des salari\u00e9s sont <strong>internalis\u00e9es<\/strong> dans la production capitaliste et la circulation de la force de travail sous la forme de la marchandise tandis que les forces productives de la nature non humaine et les forces naturelles des travailleurs priv\u00e9s de salaires sont transform\u00e9es en \u00ab\u00a0<strong>externalit\u00e9s<\/strong>\u00a0\u00bb, pour utiliser un terme de l\u2019\u00e9conomie bourgeoise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible que l\u2019analyse ci-dessus se voie objecter que les valeurs d\u2019usage ont souvent un prix, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles peuvent \u00eatre vendues\u00a0 et achet\u00e9es ou bien lou\u00e9es pour une certaine somme d\u2019argent. Marx explique ce ph\u00e9nom\u00e8ne en se basant sur le fait que, comme il est signal\u00e9 dans le passage du volume III du <em>Capital<\/em> d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, les forces naturelles fournissent des valeurs d\u2019usage qui ne co\u00fbtent rien, appartiennent aux moyens de production et accroissent la productivit\u00e9 du travail.<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\">[30]<\/a>Marx utilise l\u2019exemple d\u2019une chute d\u2019eau fournissant de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 une usine\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>La d\u00e9termination de la valeur par le temps de travail socialement n\u00e9cessaire s\u2019affirme par la baisse du prix des marchandises et par la contrainte de produire des marchandises dans d\u2019aussi bonnes conditions. Il en va tout autrement du surprofit d\u2019un capitaliste qui utilise une chute d\u2019eau. La productivit\u00e9 accrue du travail qu\u2019il emploie ne d\u00e9coule pas du capital, ni du travail lui-m\u00eame, ni de la simple application de quelque \u00e9nergie naturelle, diff\u00e9rente du capital, mais incorpor\u00e9e en lui. Le fait est que le travail est naturellement plus productif quand il se conjugue avec une force de la nature \u2013 mais une force de la nature qui n\u2019est pas aux ordres de tout capital dans la m\u00eame sph\u00e8re de production, comme l\u2019est par exemple l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de la vapeur. En d\u2019autres termes, il ne va pas de soi qu\u2019on utilise une telle force partout o\u00f9 du capital est investi. Au contraire, cette force de la nature est monopolisable\u00a0: la chute d\u2019eau ob\u00e9it \u00e0 qui dispose de certains lots de terrain avec leurs d\u00e9pendances.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\"><strong>[31]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab\u00a0La chute d\u2019eau, comme la terre en g\u00e9n\u00e9ral, comme toute force naturelle, n\u2019a aucune valeur parce qu\u2019elle ne repr\u00e9sente aucun travail mat\u00e9rialis\u00e9\u00a0; par cons\u00e9quent, elle n\u2019a pas de prix, car le prix, normalement, n\u2019est autre chose que la valeur exprim\u00e9e par son \u00e9quivalent mon\u00e9taire. L\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas de valeur, il n\u2019y a rien non plus, eo ipso, qu\u2019on doive exprimer en argent. Ce prix n\u2019est rien d\u2019autre que la rente capitalis\u00e9e. La propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re met le propri\u00e9taire en \u00e9tat de se r\u00e9server la diff\u00e9rence entre le profit particulier et le profit moyen. Le profit ainsi retenu, chaque ann\u00e9e renouvel\u00e9, peut se capitaliser, se pr\u00e9sentant ainsi comme le prix de la force mat\u00e9rielle en soi.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\"><strong>[32]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En nous basant sur l\u2019analyse de Marx, nous en arrivons au point o\u00f9 nous sommes en mesure d\u2019expliquer ce qui se passe lorsque l\u2019exploitation capitaliste des forces naturelles entra\u00eene leur destruction, comme cela se produit dans l\u2019\u00e9puisement des sols cultiv\u00e9s, dans la d\u00e9forestation, dans la pollution de l\u2019eau et dans l\u2019\u00e9puisement des \u00e9nergies fossiles dont l\u2019extraction n\u2019est pas co\u00fbteuse. Alors, selon Marx, il faut d\u00e9penser plus de capital pour aboutir au m\u00eame rendement. Par cons\u00e9quent, la production co\u00fbte plus cher et la rentabilit\u00e9 baisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>D\u00e8s lors, si une telle force naturelle qui, \u00e0 l\u2019origine, ne co\u00fbte rien, entre dans la production, elle ne compte pas dans la d\u00e9termination du prix tant que le produit fourni avec son aide suffit aux besoins. Mais, si au cours du d\u00e9veloppement, il faut fournir plus de produits que l\u2019on en pourrait obtenir gr\u00e2ce \u00e0 cette force naturelle, autrement dit si ce produit \u00a0additionnel doit \u00eatre cr\u00e9\u00e9 sans l\u2019aide de cette force ou avec le concours du travail humain, un nouvel \u00e9l\u00e9ment additionnel entre dans le capital. Une d\u00e9pense relativement plus grande de capital est donc n\u00e9cessaire pour obtenir le m\u00eame produit. Toutes autres circonstances restant \u00e9gales, il y aura rench\u00e9rissement de la production.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn33\" name=\"_ednref33\"><strong>[33]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De toute \u00e9vidence, les cons\u00e9quences sont les m\u00eames lorsque la productivit\u00e9 des forces naturelles diminue parce qu\u2019elles sont gaspill\u00e9es par la production capitaliste. Dans ces moments-l\u00e0, les capitalistes se souviennent qu\u2019il convient de mettre en \u0153uvre une \u00ab\u00a0gestion rationnelle des ressources naturelles\u00a0\u00bb, pr\u00e9tendant que les ressources ont \u00e9t\u00e9 gaspill\u00e9es parce qu\u2019elles \u00e9chappent au droit de propri\u00e9t\u00e9, cons\u00e9quence de la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0trag\u00e9die des biens communs\u00a0\u00bb, concept selon lequel \u00ab\u00a0les ressources communes s\u2019\u00e9puisent parce que leurs utilisateurs ne paient pas pour les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019ils leur infligent\u00a0\u00bb. Assur\u00e9ment, ces th\u00e9ories d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9conomie environnementale\u00a0\u00bb sont de faux repentirs qui n\u2019ont d\u2019autre but que de <strong>transf\u00e9rer le rench\u00e9rissement du capital aux prol\u00e9taires par le biais de taxes sur la consommation et le versement de subventions aux entreprises capitalistes qui adoptent des \u00ab\u00a0technologies compatibles avec l\u2019\u00e9cologie\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En partant de l\u00e0, nous proc\u00e8derons \u00e0 une critique plus d\u00e9taill\u00e9e des \u00ab\u00a0solutions\u00a0\u00bb que propose l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9conomie environnementale\u00a0\u00bb face \u00e0 la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0crise \u00e9cologique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5 \u2013 Sur les \u00ab\u00a0limites de la croissance\u00a0\u00bb, l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9conomie durable\u00a0\u00bb, le concept de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb et autres id\u00e9ologies capitalistes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1980, la \u00ab\u00a0science de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb (ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019id\u00e9ologie apolog\u00e9tique bourgeoise) \u00e9met fr\u00e9quemment l\u2019hypoth\u00e8se que le \u00ab\u00a0capital cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme\u00a0\u00bb peut se substituer totalement au \u00ab\u00a0capital naturel\u00a0\u00bb.<a href=\"#_edn34\" name=\"_ednref34\">[34]<\/a> Cependant, face \u00e0 cette hypoth\u00e8se, les premi\u00e8res prises de position critiques \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 apparues au cours des ann\u00e9es 1970 dans les cercles acad\u00e9miques capitalistes. Leur point de d\u00e9part fut la publication en 1971de l\u2019\u00e9tude de Forrester sur les \u00ab\u00a0dynamiques urbaines et mondiales\u00a0\u00bb. Cette \u00e9tude utilisait des mod\u00e8les math\u00e9matiques afin de prouver que la croissance \u00e9conomique m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles et, par cons\u00e9quent, pour prouver que l\u2019industrialisation des pays \u00ab\u00a0en voie de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb est infaisable ou ind\u00e9sirable parce qu\u2019elle conduit <em>de facto<\/em> \u00e0 la propagation de maladies, \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de conflits sociaux et ainsi de suite.<a href=\"#_edn35\" name=\"_ednref35\">[35]<\/a> Bas\u00e9 sur cette \u00e9tude, le rapport intitul\u00e9 <em>Halte \u00e0 la croissance\u00a0?,<\/em> qui arrivait aux m\u00eames conclusions, fut publi\u00e9 en 1972 par le Club de Rome,<a href=\"#_edn36\" name=\"_ednref36\">[36]<\/a> financ\u00e9 par Volkswagen et vendu \u00e0 plus de 30 millions d\u2019exemplaires. Finalement, l\u2019\u00e9conomiste Herman Daly proposa en 1977 la cr\u00e9ation d\u2019une \u00ab\u00a0<em>\u00e9conomie durable<\/em>\u00a0\u00bb. Selon lui, l\u2019\u00e9conomie capitaliste doit atteindre un \u00e9tat d\u2019\u00e9quilibre dans lequel l\u2019\u00e9change de mati\u00e8re et d\u2019\u00e9nergie avec la nature se poursuivra \u00e0 un rythme lent, par analogie avec les organismes vivants. Cet apologiste particulier du capitalisme soutenait ceux qui pensaient qu\u2019il est impossible que la plan\u00e8te toute enti\u00e8re puisse partager le niveau de vie des pays d\u00e9velopp\u00e9s et qu\u2019il faudrait imposer des limites \u00e0 la population mondiale afin \u00ab\u00a0<em>de ne<\/em> <em>pas outrepasser les limites naturelles pour la survie de l\u2019humanit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas une co\u00efncidence si ces id\u00e9ologies sont apparues au m\u00eame moment que la profonde crise de reproduction des rapports sociaux capitalistes qui \u00e9clata dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 la suite des luttes sociales et des luttes de classe dans toutes les sph\u00e8res de la production et de la vie quotidienne. Cette fois-l\u00e0, on affronta la crise par le biais du mon\u00e9tarisme, politique de d\u00e9valuation g\u00e9n\u00e9rale du capital constant et variable. Le passage de Forrester que nous allons citer est repr\u00e9sentatif de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit capitaliste \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00c0 mesure que les pauvres commencent \u00e0 pr\u00e9dominer, leur pouvoir politique se fait sentir. Leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 court terme l\u2019emporte sur leur propre bien-\u00eatre \u00e0 long terme et sur celui de la cit\u00e9. [\u2026] si ce pouvoir politique est trop grand, les imp\u00f4ts peuvent continuer \u00e0 augmenter et le d\u00e9clin peut continuer \u00e0 s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u00e9conomie de la zone urbaine commence \u00e0 s\u2019effondrer et que toutes les classes de la population d\u00e9clinent.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn37\" name=\"_ednref37\"><strong>[37]<\/strong><\/a> <\/em>En outre, le rapport du Club de Rome affirmait que \u00ab\u00a0<em>promettre que la poursuite de notre mod\u00e8le actuel de croissance rendra tous les hommes \u00e9gaux\u00a0\u00bb<\/em> rel\u00e8ve du mythe. Par cons\u00e9quent, il est clair que le but de ces id\u00e9ologies du capital consistait \u00e0 promouvoir une strat\u00e9gie qui renierait la promesse social-d\u00e9mocrate de prosp\u00e9rit\u00e9 sociale gr\u00e2ce \u00e0 la \u00ab\u00a0croissance \u00e9conomique\u00a0\u00bb, puisque cette promesse traversait une profonde crise \u00e0 ce moment-l\u00e0.<a href=\"#_edn38\" name=\"_ednref38\">[38]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019id\u00e9ologie de la \u00ab\u00a0stabilit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de la stagnation \u00e9conomique, correspondait aux politiques mon\u00e9taristes luttant contre l\u2019inflation et impos\u00e9es pendant la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, elle n\u2019avait cependant pas la m\u00eame utilit\u00e9 pendant les phases hautes du cycle d\u2019accumulation capitaliste. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, on \u00e9labora une nouvelle strat\u00e9gie d\u2019accumulation capitaliste qui tentait de surmonter les \u00ab\u00a0<em>contradictions \u00e9cologiques<\/em>\u00a0\u00bb du capitalisme. Nous entendons par l\u00e0 la strat\u00e9gie du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb, expos\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1987 dans le rapport intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Notre avenir \u00e0 tous\u00a0\u00bb et qui \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 par la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement des Nations Unies.<a href=\"#_edn39\" name=\"_ednref39\">[39]<\/a> D\u2019apr\u00e8s ce rapport, \u00ab\u00a0<em>le d\u00e9veloppement durable r\u00e9pond aux besoins du pr\u00e9sent sans compromettre la capacit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 satisfaire les leurs\u00a0\u00bb<\/em>.<a href=\"#_edn40\" name=\"_ednref40\">[40]<\/a> Dans un discours prononc\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante par le pr\u00e9sident de la commission et premier ministre de la Norv\u00e8ge, \u00e0 cette \u00e9poque Gro Harlem Brundtland, on affirmait la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer \u00ab\u00a0<em>une nouvelle \u00e9thique holistique selon laquelle la croissance \u00e9conomique et la protection de l\u2019environnement iront de concert dans le monde entier\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme nous l\u2019avons dit plus haut, le discours sur le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb attribuait le gaspillage des ressources naturelles et la diminution de leur productivit\u00e9 au fait qu\u2019elles \u00e9chappaient au droit de propri\u00e9t\u00e9. La \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb propos\u00e9e \u00e9tait bas\u00e9e sur le th\u00e9or\u00e8me de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie de l\u2019environnement\u00a0\u00bb qu\u2019avait introduit l\u2019\u00e9conomiste R. H. Coase, laur\u00e9at du Prix Nobel, et selon lequel \u00ab\u00a0<em>lorsqu\u2019une ressource collective est pollu\u00e9e, si le droit de propri\u00e9t\u00e9 sur cette ressource est attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019une des parties concern\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire au pollueur ou \u00e0 celui qui subit la pollution, un m\u00e9canisme de transaction se mettra automatiquement en place, et il aboutira \u00e0 un niveau de pollution optimal et \u00e0 la maximisation du profit social net [\u2026] ce qui aboutira \u00e0 une r\u00e9partition optimale des ressources disponibles\u00a0\u00bb.<a href=\"#_edn41\" name=\"_ednref41\"><strong>[41]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le caract\u00e8re apolog\u00e9tique de la th\u00e9orie de l\u2019environnement n\u00e9oclassique.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de mieux saisir le contexte dans lequel le th\u00e9or\u00e8me cit\u00e9 ci-dessus a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9, une br\u00e8ve digression s\u2019impose afin de commenter la doctrine \u00e9conomique capitaliste dominante, la th\u00e9orie \u00e9conomique n\u00e9oclassique. La th\u00e9orie \u00e9conomique n\u00e9oclassique a pour objet d\u2019\u00e9tudier la r\u00e9partition et l\u2019usage optimaux des \u00ab\u00a0ressources rares\u00a0\u00bb disponibles pour la satisfaction des besoins \u00a0et des d\u00e9sirs des sujets \u00e9conomiques. Les id\u00e9es de base de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique sont les suivantes\u00a0: a) la soci\u00e9t\u00e9 est compos\u00e9e de sujets \u00e9conomiques ind\u00e9pendants (individus et entreprises), qui b) prennent des d\u00e9cisions rationnelles selon leurs pr\u00e9f\u00e9rences et qui visent \u00e0 la maximisation de leur utilit\u00e9 individuelle (utilitarisme)\u00a0; les prix des marchandises sont des indicateurs de leur raret\u00e9 par rapport aux pr\u00e9f\u00e9rences de tous les sujets \u00e9conomiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette description suffit \u00e0 mettre en \u00e9vidence le caract\u00e8re id\u00e9ologique et faux de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique\u00a0: les rapports capitalistes de pouvoir et de d\u00e9pendance\u00a0 disparaissent puisqu\u2019on tient pour acquis que les sujets \u00e9conomiques (individus et entreprises) prennent leurs d\u00e9cisions ind\u00e9pendamment les uns des autres, la soci\u00e9t\u00e9 se transforme en une somme d\u2019individus et d\u2019entreprises sans que soit reconnue l\u2019existence de sujets sociaux et de classes, les rapports sociaux historiques et les rapports personnels se transforment en un ordre des choses anhistoriques, \u00e9ternel et naturel, et ainsi de suite. Outre la critique g\u00e9n\u00e9rale de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique que l\u2019on peut faire, la question du gaspillage des ressources et des forces naturelles r\u00e9v\u00e8le ses contradictions logiques inh\u00e9rentes. Selon la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, puisque ces \u00ab\u00a0marchandises\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 gaspill\u00e9es et sont devenues \u00ab\u00a0rares\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0sujets \u00e9conomiques\u00a0\u00bb auraient d\u00fb leur attribuer un prix. Mais ce n\u2019est pas ce qui se produit. Pour justifier l\u2019\u00e9chec total de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, les \u00e9conomistes bourgeois ont invent\u00e9 le concept <em>ad hoc<\/em> d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9chec du march\u00e9\u00a0\u00bb, ce qui en r\u00e9alit\u00e9 ruine les propres fondements m\u00e9thodologiques de leur th\u00e9orie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9or\u00e8me de Coase est essentiellement une tentative de sauver la th\u00e9orie n\u00e9oclassique puisqu\u2019il rejette sur des \u00ab\u00a0<em>erreurs du march\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb le d\u00e9faut d\u2019attribution de droits de propri\u00e9t\u00e9 explicites (transf\u00e9rabilit\u00e9, exclusivit\u00e9, etc.) sur les ressources naturelles. Si l\u2019on \u00e9tudie, par exemple, le cas d\u2019une entreprise polluante et d\u2019une communaut\u00e9 locale qui subit cette pollution, selon le th\u00e9or\u00e8me de Coase, le droit de propri\u00e9t\u00e9 sur la ressource pollu\u00e9e devrait \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019une des deux parties afin que s\u2019engage un processus de n\u00e9gociations qui finira par aboutir \u00e0 la r\u00e9partition optimale des ressources (si les co\u00fbts de la transaction sont nuls). C\u2019est sur cette base id\u00e9ologique qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es les interventions des \u00c9tats nationaux et des organisations supra nationales pour \u00ab\u00a0fixer le prix\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0externalit\u00e9s de l\u2019environnement\u00a0\u00bb et attribuer des droits sur la pollution, sur les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour montrer \u00e0 quel point le th\u00e9or\u00e8me de Coase est risible, nous utiliserons l\u2019exemple \u2013 tr\u00e8s r\u00e9pandu dans les livres d\u2019\u00e9conomie \u2013 de l\u2019usine chimique qui pollue un lac dans lequel p\u00eachent les p\u00eacheurs d\u2019un village b\u00e2ti sur son rivage. Disons, par exemple, que l\u2019usine chimique d\u00e9gage un b\u00e9n\u00e9fice de 130 euros par jour si elle n\u2019installe pas de filtres pour ses d\u00e9chets. Dans le cas contraire, le b\u00e9n\u00e9fice tombe \u00e0 100 euros par jour. Disons que les p\u00eacheurs r\u00e9alisent un b\u00e9n\u00e9fice de 100 euros par jour si le lac est propre et de 50 euros par jour dans le cas contraire. Si le droit de propri\u00e9t\u00e9 (sur la pollution du lac) est accord\u00e9 \u00e0 l\u2019usine, selon le th\u00e9or\u00e8me de Coase les p\u00eacheurs verseraient 40 euros par jour \u00e0 l\u2019usine afin qu\u2019elle filtre ses d\u00e9chets. Ainsi, ils feraient un b\u00e9n\u00e9fice de 60 euros par jour et l\u2019usine un b\u00e9n\u00e9fice de 140 euros par jour. Les deux parties gagneraient donc 10 euros par jour et le \u00ab\u00a0bien-\u00eatre social net\u00a0\u00bb serait de 200 euros. Si le droit de propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait accord\u00e9 aux p\u00eacheurs, l\u2019usine devrait compenser les 50 euros quotidiens qu\u2019ils perdent. Alors, selon le th\u00e9or\u00e8me, l\u2019usine pr\u00e9f\u00e8rerait filtrer ses d\u00e9chets et perdre 30 euros par jour plut\u00f4t que 50. Par cons\u00e9quent, l\u2019usine et les p\u00eacheurs feraient tous deux 100 euros de b\u00e9n\u00e9fice par jour et le \u00ab\u00a0bien-\u00eatre social net\u00a0\u00bb serait aussi de 200 euros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re arbitraire le plus grave de l\u2019analyse n\u00e9oclassique de la pollution du lac appara\u00eet dans l\u2019\u00e9valuation \u00e9conomique de la pollution en termes de perte de revenu pour les p\u00eacheurs et, ce qui est tr\u00e8s important, dans <strong>le fait d\u2019assimiler bien-\u00eatre social et profit capitaliste<\/strong>. Cette assimilation masque et justifie l\u2019exploitation capitaliste et exprime non seulement l\u2019indiff\u00e9rence envers les besoins sociaux mais \u00e9galement la d\u00e9valorisation capitaliste du travail, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9. La reconstitution naturelle d\u2019un bien tel qu\u2019un lac peut prendre des d\u00e9cennies ou des si\u00e8cles (voire m\u00eame \u00eatre impossible si, par exemple, tous les organismes vivants dans le lac meurent). Par cons\u00e9quent, l\u2019\u00e9valuation d\u2019une telle catastrophe en termes mon\u00e9taires est une preuve de la s\u00e9paration extr\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature et ne peut en aucun cas \u00eatre mesur\u00e9e en termes de perte de revenu \u00e0 court terme pour les p\u00eacheurs. C\u2019est d\u2019autant plus vrai si l\u2019on \u00e9tudie une ressource naturelle \u00e0 une \u00e9chelle g\u00e9ographique plus vaste\u00a0: les oc\u00e9ans, l\u2019air, ou la biodiversit\u00e9.<a href=\"#_edn42\" name=\"_ednref42\">[42]<\/a> En ce qui concerne le \u00ab\u00a0bien-\u00eatre social\u00a0\u00bb n\u00e9oclassique, l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique optimal, qui est \u00e9valu\u00e9 en termes mon\u00e9taires, peut tr\u00e8s bien correspondre \u00e0 un sc\u00e9nario de pollution extr\u00eame si les chiffres choisis dans l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent avaient \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rents (et tout aussi arbitraires).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, ce mod\u00e8le n\u00e9oclassique exclut tout rapport de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 la nature qui ne soit pas li\u00e9 \u00e0 l\u2019accumulation capitaliste et \u00e0 la production de profit, puisqu\u2019il est totalement neutre en ce qui concerne les cons\u00e9quences que pourrait avoir la destruction d\u2019une ressource naturelle sur ceux qui en jouissent et l\u2019utilisent hors de son contexte \u00e9conomique. Enfin, m\u00eame si dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du d\u00e9bat, nous acceptions l\u2019\u00e9valuation \u00e9conomique de la pollution, l\u2019analyse n\u00e9oclassique traite les deux parties comme si elles \u00e9taient de conditions \u00e9gales et avaient le m\u00eame pouvoir \u00e9conomique. Rien n\u2019est plus loin de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: il serait impossible, par exemple, \u00e0 des gens qui luttent contre l\u2019extraction de l\u2019or \u00e0 Skouries (en Chalcidique, Gr\u00e8ce) de r\u00e9unir assez d\u2019argent pour soudoyer Eldorado afin que l\u2019entreprise renonce \u00e0 \u00e9tendre ses activit\u00e9s mini\u00e8res (et il risible de m\u00eame penser \u00e0 un sc\u00e9nario de ce genre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La strat\u00e9gie du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>La soi-disant \u00ab\u00a0lutte contre la pollution\u00a0\u00bb, par son c\u00f4t\u00e9 \u00e9tatique et r\u00e8glementaire, va d\u2019abord cr\u00e9er de nouvelles sp\u00e9cialisations, des services minist\u00e9riels, des <\/em>jobs<em>, de l\u2019avancement bureaucratique. Et son efficacit\u00e9 sera tout \u00e0 fait \u00e0 la mesure de tels moyens. Elle ne peut devenir une volont\u00e9 r\u00e9elle qu\u2019en transformant le syst\u00e8me productif actuel dans ses racines m\u00eames.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Guy Debord, <em>La plan\u00e8te malade.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans ce contexte que s\u2019est articul\u00e9e la strat\u00e9gie du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb, qui tente d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0internaliser les \u00e9conomie externes de l\u2019environnement\u00a0\u00bb. Les principaux instruments qu\u2019utilisent dans ce but l\u2019\u00c9tat capitaliste et les organisations capitalistes supra nationales sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify; font-size: 11pt;\">\n<li><strong>Versement de subventions aux entreprises polluantes pour qu\u2019elles adoptent des technologies<\/strong> <strong>limitant la pollution.<\/strong> Ces subventions proviennent soit des imp\u00f4ts directs pr\u00e9lev\u00e9s sur les salari\u00e9s, soit d\u2019imp\u00f4ts indirects sous forme de taxes sur la consommation. En Gr\u00e8ce, les tarifs \u00e9lev\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie renouvelable apparaissant sur les factures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sont un exemple repr\u00e9sentatif de ce genre d\u2019imp\u00f4t. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, de cette mani\u00e8re l\u2019\u00c9tat impute le co\u00fbt accru du capital constant, d\u00fb au d\u00e9clin de la productivit\u00e9 des forces naturelles ou \u00e0 l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles, \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, qui paie la majeure partie des imp\u00f4ts directs et indirects. De cette fa\u00e7on, le taux de plus-value augmente et on enraye le d\u00e9clin du taux de profit.<\/li>\n<li><strong>Vente de permis de polluer et cr\u00e9ation de syst\u00e8mes d\u2019\u00e9change de quotas d\u2019\u00e9missions de carbone.<a href=\"#_edn43\" name=\"_ednref43\">[43]<\/a> <\/strong>La cr\u00e9ation des march\u00e9s du carbone a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e en 1997 par le Protocole de Kyoto. Ce protocole fixe le plafond des \u00e9missions de carbone, pour chaque pays. Si un pays d\u00e9passe cette limite, il devra, pour pouvoir poursuivre ses \u00e9missions, acheter une licence \u00e0 un autre pays n\u2019ayant pas d\u00e9pass\u00e9 son quota. Chaque pays attribue des quotas d\u2019\u00e9missions aux plus grandes entreprises qui en sont responsables. Si une entreprise d\u00e9passe ses quotas, elle devra, pour \u00e9viter de payer une lourde amende, acheter une licence d\u2019\u00e9missions \u00e0 une autre entreprise. De cette mani\u00e8re, soi-disant, si une entreprise investit dans de la \u00ab\u00a0technologie verte\u00a0\u00bb qui lui permet de r\u00e9duire ses \u00e9missions de dioxyde de carbone, alors elle pourra vendre la licence correspondante sur le march\u00e9 et ainsi g\u00e9n\u00e9rer un revenu qui couvrira ses co\u00fbts d\u2019investissement. En outre, le Protocole de Kyoto comprend le <strong>M\u00e9canisme pour un D\u00e9veloppement Propre (MDP)<\/strong>, selon lequel les pays d\u00e9velopp\u00e9s et les entreprises qui y travaillent peuvent acheter des \u00ab\u00a0cr\u00e9dits d\u2019\u00e9missions\u00a0\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 la mise en \u0153uvre de projets de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement propre\u00a0\u00bb dans les pays du Sud qui produisent peu d\u2019\u00e9missions et ne sont pas oblig\u00e9s de les r\u00e9duire. Hormis le march\u00e9 des MDP qui est supervis\u00e9 par les Nations Unies, il y a aussi le March\u00e9 Compensatoire Volontaire (MCV) qui ne fait pas partie du syst\u00e8me officiel de r\u00e9duction des \u00e9missions et n\u2019est pas bas\u00e9 sur les licences et les amendes pr\u00e9vues par le Protocole de Kyoto.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">En pratique, les quotas d\u2019\u00e9missions de dioxyde de carbone accord\u00e9es \u00e0 l\u2019origine aux pays d\u00e9velopp\u00e9s \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, et par la suite, nombre de grandes entreprises\u00a0 du Nord, au lieu de r\u00e9duire leurs \u00e9missions de dioxyde de carbone pour atteindre les buts fix\u00e9s \u00e0 Kyoto, ont fait (et continuent \u00e0 faire) des investissements dans de soi-disant projets de \u00ab\u00a0<em>d\u00e9veloppement<\/em> <em>propre<\/em>\u00a0\u00bb dans les pays du Sud afin d\u2019acheter des \u00ab\u00a0<em>cr\u00e9dits d\u2019\u00e9missions<\/em>\u00a0\u00bb. Certaines entreprises, telles que Land Rover, pr\u00e9tendent frauduleusement qu\u2019elles n\u2019\u00e9mettent pas de dioxyde de carbone parce qu\u2019elles ont investi dans des \u00e9oliennes ou des biocarburants dans des pays moins d\u00e9velopp\u00e9s, compensant ainsi et \u00ab\u00a0exportant\u00a0\u00bb leurs propres \u00e9missions. Cela s\u2019applique\u00a0 \u00e9galement \u00e0 des pays tout entiers qui paraissent se conformer aux objectifs de Kyoto parce qu\u2019ils ach\u00e8tent des \u00ab\u00a0<em>cr\u00e9dits d\u2019\u00e9missions<\/em>\u00a0\u00bb. Ainsi, plut\u00f4t que travailler \u00e0 une r\u00e9duction des \u00e9missions de dioxyde de carbone, les march\u00e9s d\u2019\u00e9missions encouragent l\u2019investissement capitaliste des pays d\u00e9velopp\u00e9s dans les pays du Sud et mettent sur pied une op\u00e9ration lucrative suppl\u00e9mentaire. Lorsque les soi-disant projets de \u00ab\u00a0<em>d\u00e9veloppement propre<\/em>\u00a0\u00bb dans le Sud n\u2019augmentent pas les \u00e9missions mondiales de dioxyde de carbone sur la plan\u00e8te en raison de l\u2019expansion des activit\u00e9s industrielles, ils cr\u00e9ent des probl\u00e8mes environnementaux suppl\u00e9mentaires, tels que la diminution de la fertilit\u00e9 des sols \u00e0 cause des investissements en biocarburants qui entra\u00eenent une augmentation des prix alimentaires<a href=\"#_edn44\" name=\"_ednref44\">[44]<\/a>, l\u2019utilisation accrue d\u2019engrais chimiques parce que les cultivateurs des pays \u00ab\u00a0en voie de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb sont priv\u00e9s des engrais naturels d\u00e9sormais utilis\u00e9s comme biocarburants, la perte de la biodiversit\u00e9 due \u00e0 la destruction d\u2019habitats entiers de faune sauvage et l\u2019extermination d\u2019importantes populations d\u2019oiseaux due \u00e0 l\u2019installation des parcs d\u2019\u00e9oliennes, et ainsi de suite.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify; font-size: 11pt;\">\n<li><strong>D\u00e9veloppement du march\u00e9 de la consommation verte et de l\u2019\u00e9cotourisme.<\/strong> Cette tactique vise \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les inqui\u00e9tudes concernant le gaspillage et la destruction des ressources naturelles et \u00e0 les incorporer dans la soi-disant consommation verte dont on sait qu\u2019elle constitue une niche de march\u00e9 prometteuse. L\u2019\u00e9cotourisme, tout particuli\u00e8rement, a entra\u00een\u00e9 une surexploitation des r\u00e9gions touristiques du monde sous-d\u00e9velopp\u00e9. Les programmes de protection de l\u2019environnement dans les pays du Sud conduisent souvent \u00e0 l\u2019expulsion violente de populations locales qui perdent leur acc\u00e8s \u00e0 la terre et aux ressources naturelles, ph\u00e9nom\u00e8ne qui est partie prenante des processus d\u2019accumulation primitive en cours dans la p\u00e9riph\u00e9rie capitaliste.<a href=\"#_edn45\" name=\"_ednref45\">[45]<\/a><\/li>\n<li><strong>Promotion de la doctrine du \u00ab\u00a0<em>consommateur responsable<\/em>\u00bb et du \u00ab\u00a0<em>comportement \u00e9cologique<\/em>\u00a0\u00bb.<\/strong> Cette doctrine vise \u00e0 transf\u00e9rer aux comportements individuels la responsabilit\u00e9 des rapports sociaux capitalistes et elle fait obstacle au d\u00e9veloppement des mobilisations collectives contre le gaspillage des ressources naturelles.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, comme nous avons tent\u00e9 de le d\u00e9montrer, et pour dire les choses comme elles sont, la politique de l\u2019environnement capitaliste est dirig\u00e9e contre la nature et contre la satisfaction des besoins sociaux en reproduisant la s\u00e9paration et l\u2019ali\u00e9nation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature. Outre le transfert aux prol\u00e9taires du co\u00fbt des d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s \u00e0 l\u2019environnement, elle vise \u00e9galement \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles possibilit\u00e9s lucratives d\u2019investissements de capitaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6 \u2013 Luttes contre le pillage capitaliste de la nature.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis les ann\u00e9es 1970, des luttes sociales ont \u00e9clat\u00e9 partout dans le monde contre l\u2019exploitation capitaliste, le pillage et la d\u00e9valorisation de la nature, dont les cons\u00e9quences affectent principalement, d\u2019une part les fractions les plus opprim\u00e9es de la classe ouvri\u00e8re<a href=\"#_edn46\" name=\"_ednref46\">[46]<\/a> et, d\u2019autre part, des populations indig\u00e8nes qui n\u2019ont plus acc\u00e8s \u00e0 leurs moyens de subsistance dans le contexte d\u2019un processus en cours d\u2019accumulation primitive, c\u2019est-\u00e0-dire la destruction des communaut\u00e9s indig\u00e8nes pr\u00e9capitalistes, l\u2019extension des rapports capitalistes \u00e0 tous les recoins du monde, et la prol\u00e9tarisation des peuples indig\u00e8nes. Ces luttes \u00e9clatent tout au long de la cha\u00eene de production de la marchandise capitaliste, depuis l\u2019extraction des ressources naturelles et leur transformation industrielle jusqu\u2019au transport et au ramassage des rebuts et des d\u00e9chets, d\u00e8s lors que les communaut\u00e9s en lutte d\u00e9fendent leur environnement naturel et leurs vies. Bien qu\u2019elles aient au d\u00e9part un caract\u00e8re local, elles se transforment souvent, par leur degr\u00e9 d\u2019organisation et d\u2019influence, en \u00e9v\u00e9nements nationaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelques statistiques sur les luttes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Atlas de la justice environnementale\u00a0\u00bb (EJatlas) contient le tableau I, qui pr\u00e9sente les principaux axes autour desquels ont \u00e9clat\u00e9 les luttes sociales pour l\u2019environnement au cours des 40 derni\u00e8res ann\u00e9es. La premi\u00e8re colonne dresse la liste des cat\u00e9gories les plus g\u00e9n\u00e9rales, qui sont analys\u00e9es \u00a0plus en d\u00e9tail dans la seconde colonne. Quant \u00e0 leur fr\u00e9quence, la plupart de ces luttes ont \u00e9clat\u00e9 autour de l\u2019extraction des minerais (21 %), de l\u2019extraction des carburants (19 %), des revendications sur l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre (17 %), et la gestion de l\u2019eau (14 %), notamment autour de la construction de barrages hydro\u00e9lectriques. Donc la plupart des luttes ont lieu au stade de l\u2019extraction des ressources naturelles n\u00e9cessaires \u00e0 la production capitaliste. Quant \u00e0 leur localisation g\u00e9ographique, la plupart d\u2019entre elles se d\u00e9roulent dans des zones rurales (63 %) tandis que seulement 17 % ont lieu dans des zones urbaines, et le reste dans des zones semi-urbaines. Dans les zones rurales, ces luttes concernent surtout la cl\u00f4ture ou l\u2019annexion des richesses naturelles par l\u2019\u00c9tat ou par des entreprises capitalistes et le fait que les populations locales se retrouvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es des ressources indispensables \u00e0 leur survie. Elles concernent \u00e9galement l\u2019\u00e9limination des d\u00e9chets et rebuts de la production capitaliste (le d\u00e9mant\u00e8lement des navires, par exemple) ainsi que des projets li\u00e9s au \u00ab\u00a0M\u00e9canisme de D\u00e9veloppement Propre\u00a0\u00bb qui sont cens\u00e9s faire partie de la r\u00e9duction des \u00e9missions de dioxyde de carbone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les luttes dans les zones urbaines et semi-urbaines tournent principalement autour de projets d\u2019infrastructures et de d\u00e9veloppement tels que l\u2019extension des ports et a\u00e9roports, des processus de gentrification et de red\u00e9veloppement de quartier historiques (voir, par exemple, les mobilisations autour de la destruction du parc Gezi \u00e0 Istanbul qui a d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rale), l\u2019extension de zones industrielles, la gestion et le ramassage des ordures m\u00e9nag\u00e8res et industrielles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"font-size: 11pt;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"165\">Cat\u00e9gories du 1<sup>er<\/sup> niveau (mutuellement exclusives)<\/td>\n<td>Classification du 2<sup>nd<\/sup> niveau (choix multiple parmi les cat\u00e9gories), quelques exemples<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">\u00c9nergie nucl\u00e9aire<\/td>\n<td>Extraction de l\u2019uranium \u2013 centrales nucl\u00e9aires &#8211; stockage des d\u00e9chets nucl\u00e9aires<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Extraction de minerais et mat\u00e9riaux de construction<\/td>\n<td>Extraction des minerais- transformation des minerais- d\u00e9chets miniers \u2013 extraction des mat\u00e9riaux de construction<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Gestion des d\u00e9chets<\/td>\n<td>Zones d\u2019importation des d\u00e9chets \u00e9lectroniques et autres \u2013 d\u00e9molition de navires \u2013 privatisation des d\u00e9chets \u2013 r\u00e9cup\u00e9rateurs de d\u00e9chets \u2013 incin\u00e9rateurs \u2013 d\u00e9charges sauvages \u2013 d\u00e9chets industriels et municipaux<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Biomasse et conflits autour de la terre<\/td>\n<td>Achats de terres \u2013 plantations d\u2019arbres \u2013 exploitation foresti\u00e8re \u2013 produits autres que le bois \u2013 d\u00e9forestation \u2013 pesticides \u2013 organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s (OGM) \u2013 biocarburants \u2013 mangroves contre crevettes \u2013 bio piratage et bio prospection \u2013 production alimentaire intensive (monoculture et b\u00e9tail) &#8211; p\u00eacheries<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Combustibles fossiles et justice climatique\/\u00e9nergie<\/td>\n<td>Extraction de gaz et de p\u00e9trole \u2013 mar\u00e9es noires \u2013 torchage de gaz \u2013 extraction du charbon \u2013 conflits li\u00e9s au changement climatique (glaciers et petites \u00eeles) \u2013 REDD (r\u00e9duction des \u00e9missions dues \u00e0 la d\u00e9forestation et \u00e0 la d\u00e9gradation des for\u00eats) \u2013 MDP (m\u00e9canisme de d\u00e9veloppement propre) \u2013 \u00e9oliennes \u2013 fracking (gaz)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Infrastructures et construit<\/td>\n<td>M\u00e9gaprojets \u2013 trains \u00e0 grande vitesse \u2013 a\u00e9roports \u2013 d\u00e9veloppement urbain<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Gestion de l\u2019eau<\/td>\n<td>Barrages \u2013 transferts de l\u2019eau \u2013 aquif\u00e8res \u2013 voies navigables &#8211; d\u00e9salinisation<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Conflits autour de la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9<\/td>\n<td>Esp\u00e8ces invasives \u2013 dommages \u00e0 la nature \u2013 conflits autour de la pr\u00e9servation de l\u2019environnement<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Conflits autour de l\u2019industrie et des services<\/td>\n<td>Emissions des usines \u2013 pollution industrielle<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"165\">Conflits autour des loisirs et du tourisme<\/td>\n<td>Installations touristiques<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: center;\">Tableau I \u2013 Classification des conflits dans l\u2019Atlas de la justice environnementale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne la composition sociale des luttes contre le pillage capitaliste de la nature, dans de larges proportions (plus d\u2019un tiers des cas), elles sont men\u00e9es par des communaut\u00e9s indig\u00e8nes dans les pays du Sud. Ces populations indig\u00e8nes subissent l\u2019expansion du mode de production capitaliste dans des r\u00e9gions qui n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es par l\u2019appropriation de la richesse naturelle inexplor\u00e9e et par la promotion de nouveaux processus d\u2019accumulation primitive<a href=\"#_edn47\" name=\"_ednref47\">[47]<\/a>. Plus souvent encore, les luttes sont le fait de groupes de r\u00e9sidents et de fermiers organis\u00e9s localement. Dans certains cas, on note la participation de travailleurs de l\u2019industrie et plus rarement, de travailleurs informels et de r\u00e9cup\u00e9rateurs de d\u00e9chets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mobilisations prennent des formes vari\u00e9es qui vont de lettres de r\u00e9clamation, de p\u00e9titions et de proc\u00e8s \u00e0 des manifestations de rue, des blocages et des occupations de lieux et de b\u00e2timents publics. Il est rare que soient adopt\u00e9es des formes de mobilisation plus \u00e9nergiques, telles que le sabotage, les incendies volontaires, les attaques de la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste, ou m\u00eame des formes extr\u00eames comme les gr\u00e8ves de la faim et l\u2019auto-immolation. De toute fa\u00e7on, c\u2019est la voie institutionnelle que l\u2019on choisit plus souvent que l\u2019action directe. Cependant, on utilise tr\u00e8s fr\u00e9quemment le blocage des routes car il est efficace, particuli\u00e8rement lorsque l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la mine, \u00e0 la for\u00eat ou \u00e0 la montagne \u00e0 exploiter est difficile et qu\u2019il existe peu de voie d\u2019acc\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s les statistiques de l\u2019AJatlas, l\u2019issue des conflits n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas favorable. Ce sont les projets touristiques et de gestion de d\u00e9chets auxquels on met le plus souvent fin (plus de 30 % des cas). Ce sont les projets pour les carburants fossiles (par exemple les forages p\u00e9troliers) et les projets pour la gestion de l\u2019eau (par exemple les barrages hydro\u00e9lectriques) qui sont le plus rarement arr\u00eat\u00e9s (dans moins de 15 % des cas). Les participants aux mobilisations reconnaissent eux-m\u00eames 49 % d\u2019\u00e9checs et seulement 17 % de r\u00e9ussites. Dans nombre de cas, les compensations succ\u00e8dent aux mobilisations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne les arguments utilis\u00e9s au cours de ces luttes, si l\u2019on critique les grandes entreprises capitalistes, si l\u2019on cite et si l\u2019on fustige l\u2019annexion des \u00ab\u00a0biens communs\u00a0\u00bb et le fardeau in\u00e9gal impos\u00e9 aux populations les plus pauvres du Sud, on assiste rarement \u00e0 une critique exhaustive des rapports de classe de l\u2019exploitation et de la domination capitalistes ou de la forme \u00e9tatique. Dans nombre de cas, ces luttes exigent la reconnaissance des droits constitutionnels des peuples indig\u00e8nes, l\u2019extension des droits humains afin d\u2019y inclure, par exemple, le \u00ab\u00a0droit \u00e0 l\u2019eau\u00a0\u00bb, et les \u00ab\u00a0droits \u00e0 la nature\u00a0\u00bb, la responsabilit\u00e9 des entreprises, la reconnaissance de la soi-disant \u00ab\u00a0dette \u00e9cologique\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0Nord\u00a0\u00bb envers le \u00ab\u00a0Sud\u00a0\u00bb (contrairement \u00e0 la dette financi\u00e8re de ce dernier envers le premier), ainsi que la taxation des entreprises polluantes et la limitation de leurs op\u00e9rations. Bien que ces exigences s\u2019adressent <em>\u00a0de facto<\/em> aux \u00c9tats capitalistes et aux organismes supra nationaux du capitalisme mondialis\u00e9, ces luttes pourraient contribuer \u00e0 la rupture r\u00e9volutionnaire du circuit de reproduction du capital social total si elles se transformaient radicalement et devenaient partie prenante d\u2019un vaste mouvement contre l\u2019exploitation capitaliste de la nature humaine et non-humaine en se reliant \u00e0 d\u2019autres luttes dans des sph\u00e8res diff\u00e9rentes de la production et de la reproduction capitalistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont des id\u00e9ologies r\u00e9formistes r\u00e9centes qui font obstacle \u00e0 l\u2019\u00e9volution des luttes dans un sens r\u00e9volutionnaire. Nous ne pouvons ici en critiquer qu\u2019une\u00a0: la doctrine de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb, qui est devenue particuli\u00e8rement populaire ces derni\u00e8res ann\u00e9es au sein des groupes et des organisations qui participent aux luttes contre le pillage de la nature.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sur la doctrine de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette doctrine n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une nouvelle version (faussement) plus radicale de celles de la \u00ab\u00a0fin de la croissance\u00a0\u00bb et de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9conomie durable\u00a0\u00bb pr\u00e9sent\u00e9es dans la premi\u00e8re partie de cet article. En outre, ce n\u2019est pas une co\u00efncidence si elle appara\u00eet aussi \u00e0 un moment o\u00f9 des politiques d\u00e9flationnistes de d\u00e9valorisation du capital sont \u00e0 nouveau mises en avant. Selon la d\u00e9finition qu\u2019en donnent Schneider, Kallis, et Martinez-Allier, la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb est une \u00ab\u00a0r\u00e9duction \u00e9quitable de la production et de la consommation qui accro\u00eet le bien-\u00eatre humain et am\u00e9liore les conditions \u00e9cologiques au niveau mondial et local, \u00e0 court et \u00e0 long terme\u00a0\u00bb.<a href=\"#_edn48\" name=\"_ednref48\">[48]<\/a> Pour tenter de dissocier la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb de la politique capitaliste actuelle, ils sont prompts \u00e0 faire remarquer qu\u2019il convient de la distinguer de la \u00ab\u00a0r\u00e9cession soutenable\u00a0\u00bb. Pour en juger, nous allons d\u2019abord \u00e9tudier les \u00e9crits de Serge Latouche qui est le th\u00e9oricien le plus important du courant de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Latouche<a href=\"#_edn49\" name=\"_ednref49\">[49]<\/a>, la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb implique de d\u00e9coloniser la vie en sortant du consum\u00e9risme et de l\u2019\u00e9conomie, de lib\u00e9rer l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>imaginaire social<\/em>\u00a0\u00bb de sa foi pr\u00e9pond\u00e9rante en la domination de la nature et en une \u00ab\u00a0<em>soci\u00e9t\u00e9 autonome<\/em>\u00a0\u00bb (si cela veut dire quelque chose). La d\u00e9finition que donne Latouche de la croissance est la m\u00eame que celle de Marx, \u00e0 savoir l\u2019expansion illimit\u00e9e du capital. Cependant, pour Latouche, l\u2019argent, le march\u00e9 et le travail salari\u00e9 ne sont pas des formes du rapport entre le capital et le travail\u00a0 mais doivent \u00eatre compris comme des institutions distinctes et autonomes qui peuvent \u00eatre incorpor\u00e9es dans une \u00ab\u00a0<em>soci\u00e9t\u00e9 du post-d\u00e9veloppement<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! Il est r\u00e9v\u00e9lateur que Latouche consid\u00e8re qu\u2019il est impossible de mettre en \u0153uvre ne serait-ce qu\u2019une politique de taxation des entreprises polluantes ou destructrices des ressources naturelles, afin de les obliger \u00e0 payer int\u00e9gralement les co\u00fbts des d\u00e9g\u00e2ts et des risques qu\u2019elles infligent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, puisqu\u2019une telle solution nous \u00ab\u00a0<em>confronterait au v\u00e9ritable pouvoir de l\u2019oligarchie ploutocratique qui gouverne le monde\u00a0<\/em>\u00bb et \u00e9chouerait imm\u00e9diatement si elle n\u2019\u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0<em>changement de notre imaginaire<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Latouche s\u2019oppose donc explicitement \u00e0 une r\u00e9volution communiste qui abolirait l\u2019argent et le travail salari\u00e9. Comme il l\u2019\u00e9crit dans un article publi\u00e9 dans le <em>Monde Diplomatique\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>Il ne peut exister de soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur la contraction de l\u2019\u00e9conomie dans le capitalisme. Mais capitalisme est un terme faussement simple pour parler d\u2019une histoire longue et complexe. Si l\u2019on se d\u00e9barrassait des capitalistes, si l\u2019on interdisait le travail salari\u00e9, l\u2019argent et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, on plongerait la soci\u00e9t\u00e9 dans le chaos. Cela provoquerait le terrorisme \u00e0 grande \u00e9chelle. Et cela ne suffirait pas encore \u00e0 \u00e9radiquer la mentalit\u00e9 de march\u00e9. Nous devons trouver un autre moyen pour sortir du d\u00e9veloppement, de l\u2019\u00e9conomisme (croyance en la primaut\u00e9 des causes ou facteurs \u00e9conomiques), et de la croissance\u00a0: un moyen qui n\u2019implique pas l\u2019abandon des institutions sociales que l\u2019\u00e9conomie a annex\u00e9es (monnaie, march\u00e9s et m\u00eame salaires) mais les r\u00e9- ench\u00e2sse selon des principes diff\u00e9rents\u00a0\u00bb.<a href=\"#_edn50\" name=\"_ednref50\"><strong>[50]<\/strong><\/a> <\/em>Au lieu d\u2019un changement r\u00e9volutionnaire, il propose l\u2019adoption d\u2019un programme r\u00e9formiste pour l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>internalisation des d\u00e9s\u00e9conomies<\/em> <em>externes<\/em>\u00a0\u00bb inflig\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par les entreprises polluantes, ce qui \u00ab\u00a0<em>ouvrirait la voie \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de la d\u00e9croissance<\/em>\u00a0\u00bb, align\u00e9e sur la th\u00e9orie orthodoxe de l\u2019\u00e9conomie. Dans le m\u00eame article, il proposait les mesures suivantes\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify; font-size: 11pt;\">\n<li>R\u00e9duire notre empreinte \u00e9cologique de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elle soit \u00e9gale ou inf\u00e9rieure \u00e0 la somme des ressources de la Terre. Cela signifie ramener la production mat\u00e9rielle \u00e0 ses niveaux de ann\u00e9es 1960 et 1970.<\/li>\n<li>Internaliser les co\u00fbts de transport.<\/li>\n<li>Relocaliser toutes les activit\u00e9s.<\/li>\n<li>Revenir \u00e0 l\u2019agriculture \u00e0 petite \u00e9chelle.<\/li>\n<li>R\u00e9duire des trois-quarts les gaspillages d\u2019\u00e9nergie.<\/li>\n<li>Imposer lourdement les d\u00e9penses publicitaires.<\/li>\n<li>D\u00e9cr\u00e9ter un moratoire sur l\u2019innovation technologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette mani\u00e8re, selon Latouche, on peut r\u00e9orienter la soci\u00e9t\u00e9 vers la \u00ab\u00a0<em>voie vertueuse de<\/em> <em>l\u2019\u00e9co capitalisme<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hormis cette prise de position clairement contre-r\u00e9volutionnaire, la bible de la d\u00e9croissance latouchienne, connue sous le nom de <em>Petit trait\u00e9 de d\u00e9croissance sereine,<\/em> rec\u00e8le de nombreux points discutables. Par exemple, l\u2019auteur soutient ouvertement des politiques nationalistes protectionnistes et plaide en faveur de \u00ab\u00a0<em>la red\u00e9couverte des racines locales<\/em>\u00a0\u00bb (le code signalant ce but est le verbe \u00ab\u00a0<em>relocaliser<\/em>\u00a0\u00bb). En outre, Latouche est favorable aux agences d\u2019emploi temporaire au motif qu\u2019elles contribuent \u00e0 \u00ab\u00a0<em>raccourcir la semaine de travail<\/em>\u00a0\u00bb et qu\u2019elles offrent des \u00ab\u00a0<em>emplois vari\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, ce qui revient \u00e0 dire qu\u2019il recommande chaudement le travail pr\u00e9caire\u00a0! \u00a0Il dit pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019elles \u00ab\u00a0<em>repr\u00e9sentent un pas dans la bonne direction. Il suffit de les envisager autrement<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus,\u00a0 il est clair que Latouche utilise le concept de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0imaginaire\u00a0\u00bb de Castoriadis de mani\u00e8re \u00e0 favoriser le transfert de la responsabilit\u00e9 de la d\u00e9valorisation et du pillage de la nature \u00e0 l\u2019individu que l\u2019on presse de changer ses habitudes de consommation et son style de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Latouche n\u2019est pas seul \u00e0 avoir des id\u00e9es r\u00e9formistes. Une autre th\u00e9oricienne de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb, Joan Martinez-Allier, a propos\u00e9 la mise en \u0153uvre d\u2019un \u00ab\u00a0<em>New Deal Vert<\/em>\u00a0\u00bb apr\u00e8s la Grande R\u00e9cession de 2008-2009 qui limiterait la mont\u00e9e du ch\u00f4mage gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019investissement public dans des \u00ab\u00a0<em>technologies et des infrastructures vertes\u00a0<\/em>\u00bb. Cette th\u00e9oricienne a pr\u00e9tendu que si le \u00ab\u00a0<em>keyn\u00e9sianisme vert<\/em>\u00a0\u00bb ne se transformait pas en doctrine de \u00ab\u00a0<em>croissance \u00e9conomique continue<\/em>\u00a0\u00bb, il ne serait pas incompatible avec le projet de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin et surtout, Calos Ta\u00efbo, adepte anarchiste de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb soutient chaleureusement les id\u00e9es de Latouche sur l\u2019exemplarit\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9croissante\u00a0\u00bb que sont cens\u00e9es repr\u00e9senter les communaut\u00e9s indig\u00e8nes dans l\u2019Afrique moderne. \u00ab\u00a0<em>L\u2019Afrique, qui r\u00e9ussit s\u2019organiser au sein des privations et \u00e0 faire exister une r\u00e9elle joie de vivre, est probablement le meilleur contexte pour \u00e9valuer le malheur que repr\u00e9sentent la croissance et le d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb.<a href=\"#_edn51\" name=\"_ednref51\"><strong>[51]<\/strong><\/a><\/em> Il est vraiment scandaleux qu\u2019un anarchiste \u00e9rige la pauvret\u00e9 et le malheur de l\u2019Afrique en mod\u00e8le de vie sociale, sans parler de l\u2019id\u00e9alisation des relations patriarcales pr\u00e9capitalistes dans les communaut\u00e9s indig\u00e8nes. Ta\u00efbo partage les id\u00e9es n\u00e9o-malthusiennes du courant de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb en ce qui concerne le pr\u00e9tendu probl\u00e8me de la surpopulation. Lorsqu\u2019il parle de ce \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb, Ta\u00efbo pense, comme Albert Jacquard, que la \u00ab\u00a0<em>r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir \u00ab\u00a0combien d\u2019habitants la Terre peut-elle nourrir\u00a0?\u00a0\u00bb d\u00e9pend de quel genre d\u2019habitants on parle. Si l\u2019on parle de fermiers au Mali ou au Bengladesh, quinze, vingt, ou m\u00eame trente milliards survivraient sans trop de peine. Si l\u2019on parle du Parisien moyen, qui circule quotidiennement en voiture et passe ses vacances aux Seychelles, les cinq milliards actuels repr\u00e9sentent d\u00e9j\u00e0 une charge insupportable\u00a0: ils \u00e9puiseraient les ressources de la plan\u00e8te\u00a0<\/em>\u00bb.<a href=\"#_edn52\" name=\"_ednref52\">[52]<\/a>En d\u2019autres termes, Ta\u00efbo est favorable \u00e0 la chute du niveau de vie des prol\u00e9taires dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s au niveau de celui des pays pauvres du Sud. En outre, une telle prise de position favorise la propagande culpabilisante et l\u2019individualisation du probl\u00e8me social de la d\u00e9valorisation de la nature.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La question de la \u00ab\u00a0surpopulation\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous allons \u00e9tudier la th\u00e9orie de la surpopulation plus en d\u00e9tail afin d\u2019en montrer le caract\u00e8re apolog\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est Robert Malthus qui, en 1798, a pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le concept de surpopulation dans son ouvrage <em>Essai sur le principe de population<a href=\"#_edn53\" name=\"_ednref53\"><strong>[53]<\/strong><\/a>.<\/em> Selon Malthus, la pauvret\u00e9, la faim, la maladie et la guerre ne d\u00e9coulent pas des rapports sociaux dominants mais sont la cons\u00e9quence in\u00e9luctable de la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0<em>loi naturelle<\/em>\u00a0\u00bb qui stipule que la population tend \u00e0 s\u2019accro\u00eetre de fa\u00e7on g\u00e9om\u00e9trique tandis que les ressources et moyens de subsistance s\u2019accroissent de mani\u00e8re arithm\u00e9tique, loi qui fonctionne de mani\u00e8re \u00ab\u00a0totalement <em>ind\u00e9pendante de toute r\u00e9gulation humaine<\/em>\u00a0\u00bb. La th\u00e9orie de Malthus fut d\u2019embl\u00e9e dirig\u00e9e contre les d\u00e9clarations sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 exprim\u00e9es pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise et elle avait clairement un caract\u00e8re de classe. Malthus s\u2019opposait, en particulier, \u00e0 ce que l\u2019\u00c9tat subventionne les pauvres, affirmant que cela entra\u00eenerait une croissance de leur nombre et un d\u00e9clin de l\u2019envie de travailler qui aboutiraient \u00e0 une r\u00e9duction progressive de leur niveau de vie et, plus important encore, \u00e0 une diminution des \u00ab\u00a0<em>parts [de richesse] qui appartiendraient autrement \u00e0 des membres de la soci\u00e9t\u00e9 plus industrieux et plus m\u00e9ritants<\/em>\u00a0\u00bb [c\u2019est-\u00e0-dire les bourgeois et les propri\u00e9taires terriens]. \u00a0Sa th\u00e9orie \u00e9tait extr\u00eamement contradictoire car dans son ouvrage, <em>Principes d\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, il reconnaissait que la demande sociale pour les produits de la production capitaliste faisait d\u00e9faut et qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne habituel. La \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb qu\u2019il proposait passait par une augmentation de la consommation des couches sociales sup\u00e9rieures non productives (propri\u00e9taires terriens, fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat, aristocrates, clerg\u00e9, rentiers, etc.). Conscient de cette contradiction, il tenta de la surmonter en affirmant que les couches sup\u00e9rieures n\u2019augmentent pas leur nombre selon la loi naturelle mais le r\u00e9gulent en adoptant des habitudes de prudence dues \u00e0 la crainte de perdre leur position sociale, contrairement aux \u00ab\u00a0classes inf\u00e9rieures\u00a0\u00bb qui se reproduisent imprudemment. En outre, il fut assez honn\u00eate pour reconna\u00eetre que la demande ne pourrait pas \u00eatre couverte par la classe ouvri\u00e8re, car \u00ab\u00a0<em>personne n\u2019utilisera jamais son capital simplement pour g\u00e9n\u00e9rer la demande de ceux qui travaillent pour lui<\/em>\u00a0\u00bb, avouant indirectement que les profits proviennent forc\u00e9ment de l\u2019exploitation de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Malthus, les salaires insuffisants des travailleurs d\u00e9coulent soit d\u2019une distribution in\u00e9gale de la richesse sociale soit de l\u2019\u00e9puisement graduel du sol si les salaires et la consommation de la classe ouvri\u00e8re sont plus \u00e9lev\u00e9s que la terre ne peut le supporter. Par cons\u00e9quent, la cr\u00e9ation par les classes dirigeantes d\u2019une raret\u00e9 artificielle \u00e0 l\u2019intention des travailleurs fait obstacle \u00e0 l\u2019immis\u00e9ration de tous les secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 et <em>\u00ab\u00a0assure \u00e0 une<\/em> <em>fraction de la soci\u00e9t\u00e9 le loisir n\u00e9cessaire au progr\u00e8s des arts et des sciences<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx a attaqu\u00e9 la doctrine malthusienne de la surpopulation et de la raret\u00e9 de la ressource naturelle\u00a0: il a montr\u00e9 pourquoi la pauvret\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re n\u2019est pas la cons\u00e9quence d\u2019une pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0loi naturelle de la population\u00a0\u00bb et de la raret\u00e9 des ressources naturelles mais de la dynamique interne du mode de production capitaliste. Pour Marx, l\u2019accumulation du capital exige l\u2019accroissement de la population afin de disposer d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve industrielle n\u00e9cessaire \u00e0 son expansion. De plus, comme il le souligne,\u00a0 la loi de la population \u00ab\u00a0<em>correspond \u00e0 son mode de production particulier. En effet, chacun des modes historiques de la production sociale a aussi sa loi de population propre, loi qui ne s\u2019applique qu\u2019\u00e0 lui, qui passe avec lui et n\u2019a par cons\u00e9quent qu\u2019une valeur historique. Une loi de population abstraite et immuable n\u2019existe que pour la plante et l\u2019animal, et encore seulement tant qu\u2019ils ne subissent pas l\u2019influence de l\u2019homme. [\u2026] <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si l\u2019accumulation, le progr\u00e8s de la richesse sur la base capitaliste, produit donc n\u00e9cessairement une surpopulation ouvri\u00e8re, celle-ci devient \u00e0 son tour le levier le plus puissant de l\u2019accumulation, une condition d\u2019existence de la production capitaliste dans son \u00e9tat de d\u00e9veloppement int\u00e9gral. Elle forme <strong>une arm\u00e9e de r\u00e9serve industrielle<\/strong> qui appartient au capital d\u2019une mani\u00e8re aussi absolue que s\u2019il l\u2019avait \u00e9lev\u00e9e et disciplin\u00e9e \u00e0 ses propres frais. Elle fournit \u00e0 ses besoins de valorisation flottants, et, ind\u00e9pendamment de l\u2019accroissement naturel de la population, la mati\u00e8re humaine toujours exploitable et toujours disponible.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn54\" name=\"_ednref54\"><strong>[54]<\/strong><\/a> <\/em>Cela ne\u00a0 signifie pas que Marx ne voyait pas le pillage de la nature et la rupture dans le m\u00e9tabolisme entre la soci\u00e9t\u00e9 et la nature, comme nous l\u2019avons montr\u00e9 dans les premi\u00e8res parties de ce texte. La diff\u00e9rence est que, pour Marx, la raret\u00e9 est produite socialement au cours de l\u2019histoire et que les soi-disant \u00ab\u00a0<strong>limites naturelles<\/strong>\u00a0\u00bb sont un <strong>rapport social au sein de la nature<\/strong> et non une n\u00e9cessit\u00e9 impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait qu\u2019au sein du \u00ab\u00a0mouvement \u00e9cologique\u00a0\u00bb, nombre de th\u00e9oriciens, m\u00eame marxistes, font appel \u00e0 des id\u00e9es malthusiennes peut s\u2019expliquer par le pillage excessif de la nature dans les pays du capitalisme d\u2019\u00c9tat qui se r\u00e9f\u00e9raient \u00e0 la th\u00e9orie de Marx. Cependant, sans se poser de question, ils ont fini par accepter et par adopter l\u2019argument capitaliste des \u00ab\u00a0<em>limites naturelles<\/em>\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0<em>loi naturelle de la population<\/em>\u00a0\u00bb. Une v\u00e9ritable critique de l\u2019\u00e9cologie du capitalisme devrait avoir un autre point de d\u00e9part. David Harvey avance que ce que la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e8re comme une \u00ab\u00a0<em>ressource naturelle<\/em>\u00a0\u00bb nous parvient \u00e0 travers \u00ab\u00a0<em>une \u00e9valuation \u00e9conomique, technique et culturelle d\u2019\u00e9l\u00e9ments et de processus dans la nature que l\u2019on peut employer \u00e0 satisfaire des buts et \u00e0 remplir des objectifs sociaux par le biais de pratiques sp\u00e9cifiques concr\u00e8tes<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn55\" name=\"_ednref55\">[55]<\/a>. Par cons\u00e9quent, la d\u00e9finition m\u00eame de ce qu\u2019est une \u00ab\u00a0ressource naturelle\u00a0\u00bb implique des processus sociaux sp\u00e9cifiques\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify; font-size: 11pt;\">\n<li>L\u2019<strong>\u00e9valuation<\/strong> des \u00e9l\u00e9ments et des processus naturels correspond toujours \u00e0 un \u00e9tat des connaissances, \u00e0 une conception et \u00e0 une communication particuli\u00e8res qui varient historiquement et g\u00e9ographiquement.<\/li>\n<li>Les dimensions <strong>culturelles<\/strong>, <strong>\u00e9conomiques<\/strong> et <strong>techniques<\/strong> d\u2019une telle \u00e9valuation sont susceptibles de changer rapidement et cela conf\u00e8re une grande fluidit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finition des ressources naturelles.<\/li>\n<li>Les<strong> objectifs et buts sociaux<\/strong> varient consid\u00e9rablement selon les sujets qui les expriment et correspondent \u00e0 la mani\u00e8re dont les d\u00e9sirs humains sont institutionnalis\u00e9s, exprim\u00e9s et organis\u00e9s.<\/li>\n<li>Les <strong>\u00e9l\u00e9ments<\/strong> et les <strong>processus<\/strong> de la nature ne changent pas seulement en raison des processus naturels permanents du changement, mais aussi parce que les pratiques sociales sont toujours des activit\u00e9s qui transforment la nature et la soci\u00e9t\u00e9, avec toutes sortes de cons\u00e9quences intentionnelles ou non. Ce qui existe dans la nature est dans un \u00e9tat de constante transformation.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">En appeler \u00e0 poser des limites \u00e0 la population et aux ressources naturelles sans \u00e9voquer la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019<strong>abolir les rapports de production et les rapports sociaux capitalistes<\/strong> revient essentiellement \u00e0 <strong>accepter l\u2019\u00e9tat de choses actuel<a href=\"#_edn56\" name=\"_ednref56\">[56]<\/a><\/strong>. Cette position n\u2019indique rien d\u2019autre que le fait qu\u2019il n\u2019existe ni volont\u00e9 ni capacit\u00e9 de faire \u00e9voluer l\u2019\u00e9tat de nos connaissances, de transformer radicalement nos buts sociaux, nos modes de vie culturels et la configuration technologique de la production. Et il n\u2019exprime pas non plus, \u00e0 un niveau beaucoup plus avanc\u00e9, la volont\u00e9 d\u2019abolir l\u2019\u00e9conomie en tant que sph\u00e8re s\u00e9par\u00e9e, tenant au contraire pour acquis que nous ne sommes pas collectivement assez puissants pour changer les pratiques sociales dominantes. En d\u2019autres termes, une transformation r\u00e9volutionnaire de la soci\u00e9t\u00e9 et la transformation correspondante de son rapport \u00e0 la nature non-humaine ne peut se concevoir dans le contexte de la th\u00e9orie de la \u00ab\u00a0<em>surpopulation\u00a0<\/em>\u00bb et des \u00ab\u00a0<em>limites naturelles\u00a0<\/em>\u00bb. Ainsi que D. Harvey le remarque de fa\u00e7on pertinente dans le m\u00eame ouvrage\u00a0: \u00ab\u00a0<em>tout d\u00e9bat sur l\u2019\u00e9co-p\u00e9nurie, sur les limites naturelles, sur la surpopulation, et sur la durabilit\u00e9 est un d\u00e9bat sur la pr\u00e9servation d\u2019un ordre social particulier, plut\u00f4t qu\u2019un d\u00e9bat sur la sauvegarde de la nature en soi\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn57\" name=\"_ednref57\"><strong>[57]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la conjoncture mondiale actuelle, alors que la strat\u00e9gie capitaliste dominante en Europe est une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de d\u00e9valorisation du capital, la th\u00e9orie de la \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb peut fort bien servir d\u2019id\u00e9ologie pour l\u00e9gitimer la politique de d\u00e9valorisation et de gestion de la population mondiale exc\u00e9dentaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>7 \u2013 En guise d\u2019\u00e9pilogue.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capital n\u2019est pas seulement un rapport d\u2019exploitation et de domination de classe mais c\u2019est \u00e9galement un rapport d\u2019ali\u00e9nation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature dans laquelle tant les producteurs de la richesse sociale que la nature non-humaine en tant que force productive autonome sont transform\u00e9s en objets qu\u2019il domine et pille. Toutefois, ce processus de subsomption de la nature et du travail dans le capital est conflictuel et contradictoire. D\u2019une part, la subsomption du travail dans le capital contient une antith\u00e8se r\u00e9elle\u00a0: tant que le capitalisme existera les prol\u00e9taires seront contraints de vendre leur force de travail au capital\u00a0; leur reproduction est bas\u00e9e sur leur objectivation en tant que capital variable. En m\u00eame temps, l\u2019objectivation du travail est une exp\u00e9rience de d\u00e9possession et d\u2019ali\u00e9nation. Cette antith\u00e8se est le fondement d\u2019une lutte de classe qui peut \u00e9voluer vers une pratique radicale de refus et de contestation du capital, d\u00e9chirant le voile du f\u00e9tichisme et r\u00e9v\u00e9lant son contenu, \u00e0 savoir un rapport de domination de classe. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est \u00e0 ce moment que nous r\u00e9alisons que la puissance \u2018objective \u2019du capital provient de notre travail et qu\u2019ainsi le capital n\u2019est pas omnipotent et que nous pouvons le d\u00e9manteler. Cette valeur ne peut demeurer \u2018objective\u2019 si nous nous conformons aux lois de l\u2019\u00e9change et au travail salari\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn58\" name=\"_ednref58\"><strong>[58]<\/strong><\/a><\/em>. D\u2019autre part, la nature \u00ab\u00a0r\u00e9agit\u00a0\u00bb contre le processus de sa subsomption dans le capital en provoquant des ph\u00e9nom\u00e8nes tels que le r\u00e9chauffement climatique, l\u2019apparition de mauvaises herbes super-r\u00e9sistantes, le ralentissement de la productivit\u00e9 agricole, et ainsi de suite, qui tiennent lieu de limites \u00e0 l\u2019accumulation capitaliste. Et si le capital postule que chaque limite que dressent le travail et la nature sont des barri\u00e8res qu\u2019il outrepasse id\u00e9alement, cela ne signifie absolument pas qu\u2019il domine r\u00e9ellement la situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 la peur que l\u2019on entretient face aux sympt\u00f4mes de la crise \u00e9cologique capitaliste, nous devons r\u00e9agir en nous occupant de la \u00ab\u00a0maladie\u00a0\u00bb elle-m\u00eame. \u00ab\u00a0<em>Aujourd\u2019hui la peur est partout, on n\u2019en sortira qu\u2019en se confiant \u00e0 nos propres forces, \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire toute ali\u00e9nation existante, et toute image du pouvoir qui nous a \u00e9chapp\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb Guy Debord, <em>La plan\u00e8te malade<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Antithesi, 28.8.2017<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> J. Rockstr\u04e7m et al., \u00ab\u00a0A safe operating space for humanity\u00a0\u00bb, <em>Nature<\/em> 461(24), 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> La production agricole \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital a contribu\u00e9 \u00e0 80% de l\u2019augmentation des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre entre 1997 et 2002. (Voir le livre de J. W. Moore, <em>Capitalism in the Web of Life\u00a0: Ecology and the Accumulation of Capital<\/em>, Verso, 2015.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> Voir J. W. Moore, <em>opus cit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> E. Apostolopoulou, \u00ab Critique de l\u2019id\u00e9ologie dominante du d\u00e9veloppement portant sur la relation entre la soci\u00e9t\u00e9 et la nature\u00a0\u00bb,\u00a0 <em>Outopia<\/em> 91, 2010 (en grec).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> A. Vlachou, <em>Nature and Value Theory<\/em>, Science and Society 66(2), 2002.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> <em>Le Capital<\/em>, volume I, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, p.727.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> <em>\u0152uvres choisies<\/em>, volume II, Gallimard, p.283.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> En fait, dans la mesure o\u00f9 les conditions naturelles et les ressources naturelles ne sont pas des marchandises produites par le travail humain, elles n\u2019ont aucune valeur bien qu\u2019elles puissent \u00eatre des valeurs d\u2019usage. Cette clarification est indispensable ici car le concept de d\u00e9valorisation de la nature pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 tort comme la perte d\u2019une substance a priori inh\u00e9rente dans les valeurs d\u2019usage naturelles, erreur que commet une partie du courant marxiste du f\u00e9minisme en ce qui concerne le travail domestique. Comme nous le d\u00e9montrerons dans les pages suivantes, la non-valeur de la nature et du travail domestique f\u00e9minin joue cependant un r\u00f4le tr\u00e8s important dans la d\u00e9pr\u00e9ciation du capital constant et variable et, par cons\u00e9quent, dans l\u2019accroissement de la rentabilit\u00e9 capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital<\/em>, volume I \u2013 La marchandise I, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, pp.584-585.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a>Karl Marx, <em>Grundrisse, chapitre de l\u2019argent<\/em>, \u00e9ditions 10\/18, p.138. NdT\u00a0: Outre la difficult\u00e9 de trouver les <em>Grundrisse<\/em> \u00e0 l\u2019heure actuelle s\u2019ajoute celle de faire co\u00efncider le texte anglais traduit de l\u2019allemand et le texte fran\u00e7ais \u00e9galement traduit de l\u2019allemand, ce qui peut donner des traductions tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es, parfois difficilement comparables et assimilables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> David Harvey, <em>The Limits to Capital<\/em>, Verso, 1982.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> J. W. Moore, \u00ab\u00a0Transcending the metabolic rift: a theory of crises in the capitalist world-ecology\u00a0\u00bb, <em>The Journal of Peasant Studies <\/em>38(1<em>)<\/em>, 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> Karl Marx, <em>Th\u00e9ories sur la plus-value<\/em>, tome I, \u00c9ditions Sociales, page 92.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> Karl Marx<em>, Theories of Surplus Values, Part III, <\/em>Progress Publishers, 1971, p.131. NdT: je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver le tome 2 de cet ouvrage o\u00f9 se situe probablement cette citation, la traduction est donc de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> Karl Marx, <em>Manuscrits \u00e9conomico-philosophiques de 1844<\/em>, Textes et commentaires, Vrin \u00e9diteur, pp. 121,122 et 124.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> Karl Marx, <em>Grundrisse<\/em>, chapitre 4 du capital, \u00e9ditions 10\/18, p.270.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> Karl Marx, <em>Grundrisse<\/em>, Vintage Books, p.497. La traduction est de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> Karl Marx, <em>Grundrisse<\/em>, ch. Du capital, \u00e9ditions 10\/18, p.215.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital<\/em> <em>volume<\/em> III, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade (volume 2), pp. 1423-1424.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital Volume I<\/em>, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, pp. 997,998, 999.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital, Volume I<\/em>, Biblioth\u00e8que de La Pl\u00e9iade, p.800.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital volume III<\/em>, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade (vol. 2) pp.1487-1488.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> NdT\u00a0: Syst\u00e8me d\u2019intensification du riz ou SIR\u00a0: combinaison de m\u00e9thodes visant \u00e0 augmenter le rendement tout en r\u00e9duisant les apports d\u2019intrants agricoles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> Voir J. W. Moore, <em>opus cit\u00e9<\/em>. De toute fa\u00e7on, il est risqu\u00e9 de pr\u00e9senter des m\u00e9thodes de production particuli\u00e8res et des innovations comme des \u00ab\u00a0solutions\u00a0\u00bb susceptibles de mettre fin au pillage de la terre par le capital, car il est possible en fin de compte d\u2019incorporer ces \u00ab\u00a0solutions\u00a0\u00bb dans le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019exploitation capitaliste du travail et de la nature sans, pour l\u2019essentiel, en changer la nature. En outre, cela s\u2019est d\u00e9j\u00e0 produit avec les pr\u00e9tendues sources d\u2019\u00e9nergie renouvelables (les \u00e9oliennes, par exemple). Non seulement ces technologies n\u2019ont entra\u00een\u00e9 aucune r\u00e9duction des gaz \u00e0 effet de serre, mais elles ont \u00e9galement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de nouveaux probl\u00e8mes comme, par exemple, la destruction des \u00e9cosyst\u00e8mes locaux l\u00e0 o\u00f9 elles s\u2019installaient et la mort de milliers d\u2019oiseaux menac\u00e9s d\u2019extinction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital volume III<\/em>, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade (vol.2), pp. 1385-1386. C\u2019est nous qui soulignons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital volume I<\/em>, ch. VIII, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, page 736.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital I<\/em>, ch. XV, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, page 931.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital III<\/em>, ch. XXI, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, page 1313.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> En outre, le capital s\u2019approprie gratuitement les forces productives r\u00e9sultant de la coop\u00e9ration, de la division du travail, du progr\u00e8s scientifique et technologique. \u00ab\u00a0<em>De m\u00eame que l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de la force de travail, le progr\u00e8s incessant de la science et de la technique doue donc le capital d\u2019une puissance d\u2019expansion, ind\u00e9pendante, dans certaines limites, de la grandeur des richesses acquises dont il se compose. Sans doute, les progr\u00e8s de la puissance productive du travail qui s\u2019accomplissent sans le concours du capital d\u00e9j\u00e0 en fonction, mais dont il profite d\u00e8s qu\u2019il fait peau neuve, le d\u00e9pr\u00e9cient aussi plus ou moins durant l\u2019intervalle o\u00f9 il continue de fonctionner sous son ancienne forme.\u00a0\u00bb<\/em> (Karl Marx, <em>Le Capital I, <\/em>ch. XXIV, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, page 1112.) En outre, le capital s\u2019approprie gratuitement les forces productives du travail pr\u00e9c\u00e9dent d\u00e9sormais objectiv\u00e9 dans les moyens de travail, dans la m\u00eame proportion qu\u2019elles sont utilis\u00e9es int\u00e9gralement mais consomm\u00e9es seulement en partie, c\u2019est-\u00e0-dire dans la mesure o\u00f9 elles servent d\u2019agents dans la formation des produits sans ajouter de valeur \u00e0 ces produits. (Voir Karl Marx, <em>Le Capital I<\/em>, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, page 1115.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\">[30]<\/a> Lorsque les valeurs d\u2019usage naturelles n\u2019accroissent pas la productivit\u00e9 du travail, comme c\u2019est par exemple le cas d\u2019un lot de terrain sur lequel une usine est construite, le prix de la terre r\u00e9sulte du monopole des propri\u00e9taires qui disposent du terrain en question, titre l\u00e9gal qui leur permet, comme Marx le d\u00e9crit de mani\u00e8re tr\u00e8s expressive dans le volume III du <em>Capital<\/em>, d\u2019arracher un \u00ab\u00a0<em>certain imp\u00f4t mon\u00e9taire<\/em>\u00a0\u00bb aux industriels capitalistes qui est pris sur le montant total de la plus-value produite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\">[31]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital III, <\/em>ch. XXI, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade (vol.2), page 1314.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\">[32]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital III<\/em>, ch. XXI, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade (vol.2), page 1316.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref33\" name=\"_edn33\">[33]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital III, <\/em>ch.XXI, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade (vol.2), pp. 1357-58.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref34\" name=\"_edn34\">[34]<\/a> P. Psarreas, \u00ab\u00a0Capitalisme, crise \u00e9cologique, \u00e9cologie et perspective \u00e9co-socialiste\u00a0\u00bb, <em>Theseis 105<\/em>, 2008 (en grec).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref35\" name=\"_edn35\">[35]<\/a> J. W. Forrester, <em>World Dynamics<\/em>, Wright-Allen Press, 1971.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref36\" name=\"_edn36\">[36]<\/a> D. H. Meadows, D. L. Meadows, J. Randers, <em>The Limits to Growth<\/em>, Pan Books, 1974. (NdT: rapport publi\u00e9 en 1973 aux \u00e9ditions Fayard sous le titre <em>Halte \u00e0 la croissance?,<\/em> et mieux connu sous le nom de rapport Meadows). Le Club de Rome est un <em>think tank<\/em> international\u00a0 dont les membres incluent ceux de familles royales, des \u00e9conomistes et des scientifiques \u00ab\u00a0\u00e9minents\u00a0\u00bb, des membres du personnel politique de divers \u00c9tats capitalistes, des propri\u00e9taires de grosses entreprises capitalistes, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref37\" name=\"_edn37\">[37]<\/a> Ce passage est tir\u00e9 d\u2019un article de Maria Markantonatou \u00ab\u00a0From The Limits to Growth to \u00ab\u00a0Degrowth\u00a0\u00bb\u00a0: Discourses of Critique of Growth in the Crises of the 1970s and 2008\u201d,\u00a0 <em>Working Paper<\/em> 05\/2013, DFG \u2013 Kollegforscherinnnengruppe Postwachstumgesellschaften.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref38\" name=\"_edn38\">[38]<\/a> Nous \u00e9tudierons le rapport de ces id\u00e9ologies avec le discours \u00ab\u00a0d\u00e9croissant\u00a0\u00bb actuel dans les pages suivantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref39\" name=\"_edn39\">[39]<\/a> Voir P. Psarreas, opus cit\u00e9. Ce rapport est \u00e9galement connu en France sous le nom de rapport Brundtland (NdT).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref40\" name=\"_edn40\">[40]<\/a> Il est vraiment incroyable que la d\u00e9finition du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb que donne ce <em>think tank<\/em> capitaliste soit pour l\u2019essentiel un d\u00e9tournement de la position correspondante de Marx que nous avons cit\u00e9e (voir note 25). Bien entendu, la critique de la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste en a \u00e9t\u00e9 totalement \u00e9limin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref41\" name=\"_edn41\">[41]<\/a> Voir P. Psarreas, opus cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref42\" name=\"_edn42\">[42]<\/a> Nous avons d\u00e9montr\u00e9 dans les pages pr\u00e9c\u00e9dentes pourquoi la nature non-humaine n\u2019a aucune valeur dans le capitalisme, ainsi que la mani\u00e8re dont les ressources sont monopolis\u00e9es dans le cadre des rapports de propri\u00e9t\u00e9 capitalistes qui leur attribue un prix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref43\" name=\"_edn43\">[43]<\/a> S. B\u04e7hm, M. C. Misoczky, S. Moog, \u201cGreening Capitalism? A Marxist Critique of Carbon Markets\u201d, <em>Organisation Studies <\/em>33(11), 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref44\" name=\"_edn44\">[44]<\/a> M\u00eame des technocrates des Nations Unies ont qualifi\u00e9 la production de biocarburants de \u00ab\u00a0crime contre l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb parce qu\u2019elle contribue \u00e0 la crise alimentaire mondiale (voir P. Psarreas, op.cit).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref45\" name=\"_edn45\">[45]<\/a> E. Apostolopoulou, op.cit. Dans cet article, Apostolopoulou parle de la toute premi\u00e8re \u00ab\u00a0r\u00e9gion prot\u00e9g\u00e9e\u00a0\u00bb du monde, le Parc National du Yellowstone aux \u00c9tats-Unis, cr\u00e9\u00e9 en 1872. Sa cr\u00e9ation visait \u00e0 expulser la population indig\u00e8ne et entra\u00eena la mort de centaines d\u2019Am\u00e9rindiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref46\" name=\"_edn46\">[46]<\/a> Les donn\u00e9es et le tableau que nous pr\u00e9sentons ici provient de l\u2019article de J. Martinez-Allier, L. Temper, D. Del Bene et A. S. Scheidel, \u00ab\u00a0Is there a global environmental justice movement\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>The Journal of Peasant Studies<\/em>, 43 (3), 2016, sauf contre-indication.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref47\" name=\"_edn47\">[47]<\/a> Ces processus d\u2019accumulation primitive b\u00e9n\u00e9ficient souvent de la division sexu\u00e9e du travail d\u00e9j\u00e0 existante et des rapports de propri\u00e9t\u00e9 patriarcaux pour d\u00e9poss\u00e9der autoritairement les communaut\u00e9s de leurs moyens de subsistance. Par exemple, dans les communaut\u00e9s indig\u00e8nes bantoues qui vivent en Afrique, les femmes \u00e9taient majoritairement responsables de la r\u00e9colte des fruits, de la fabrication des m\u00e9dicaments et de la cuisine\u00a0; les hommes s\u2019occupaient de la chasse et de la culture. Les hommes ont des droits exclusifs sur l\u2019utilisation des outils en fer et sur le d\u00e9frichage de la for\u00eat pour la culture. Avec l\u2019introduction de la sylviculture marchande capitaliste, il est plus probable que les hommes acceptent de couper les arbres en \u00e9change d\u2019argent, tandis que les femmes opposeront sans doute plus de r\u00e9sistance parce qu\u2019elles perdent l\u2019acc\u00e8s aux ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la fabrication des m\u00e9dicaments et de la nourriture et en m\u00eame temps ne gagnent pas d\u2019argent gr\u00e2ce \u00e0 la vente du bois puisque les hommes ont la \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb exclusive des arbres. C\u2019est la raison pour laquelle les femmes s\u2019impliquent beaucoup plus dans les mobilisations contre l\u2019exploitation foresti\u00e8re et la d\u00e9forestation capitalistes. Voir S. Dauthey, J.-F. Gerber, \u00ab\u00a0Logging conflicts in Southern Cameroon: A feminist ecological economics perspective\u201d, <em>Ecological Economics<\/em> 70 (2), 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref48\" name=\"_edn48\">[48]<\/a> F. Schneider, G. Kallis et J. Martinez-Allier, \u00ab\u00a0Crisis or opportunity\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Journal of Cleaner Production<\/em> 18, 2010. Cit\u00e9 par M. Markantonatou, op. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref49\" name=\"_edn49\">[49]<\/a> Serge Latouche, <em>Farewell to Growth<\/em>, Polity Press, 2009 ; il s\u2019agit de la traduction du en langue anglaise du <em>Petit trait\u00e9 de d\u00e9croissance sereine<\/em>, publi\u00e9 chez Mille et Une Nuits en 2007 (NdT). Cit\u00e9 par Markantonatou \u00ab\u00a0Growth Critique in the 1970s Crisis and Today\u00a0: Malthusianism, Social Mechanics and Labor Discipline\u201d, <em>New Political Science<\/em> 38 (1), 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref50\" name=\"_edn50\">[50]<\/a> S. Latouche, \u00ab\u00a0The Globe downshifted\u00a0\u00bb, <em>Le Monde Diplomatique<\/em>, janvier 2006. (Ndt)\u00a0: La traduction est de moi car je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver \u00e0 quel article correspondait celui-ci, \u00a0ce n\u2019est en\u00a0 tout cas pas \u00e0 un article de janvier 2016 dans la version fran\u00e7aise de ce p\u00e9riodique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref51\" name=\"_edn51\">[51]<\/a> C. Ta\u00efbo, \u00a0<em>En defensa del decrecimiento. Sobre capitalismo, crisis y barbarie<\/em>\u00a0, Los Libres de la CATARATA, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref52\" name=\"_edn52\">[52]<\/a> ibid<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref53\" name=\"_edn53\">[53]<\/a> Ce passage est bas\u00e9 sur le chapitre \u00ab\u00a0Ecoscarcity and natural limits\u00a0: The Malthusian tradition\u00a0\u00bb du livre de David Harvey, <em>Justice, Nature and the Geography of Difference<\/em>, Blackwell, 1996. NdT\u00a0: livre qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais, \u00e0 ma connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref54\" name=\"_edn54\">[54]<\/a> Karl Marx, <em>Le Capital I, XXV, 3, <\/em>Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, pp. 1146 et 1148. L\u2019analyse que fait Marx de la surpopulation relative dans <em>Le Capital<\/em> est tr\u00e8s riche mais, parce que nous devons \u00eatre brefs, nous ne pouvons pas l\u2019\u00e9tudier ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref55\" name=\"_edn55\">[55]<\/a> D. Harvey, op. cit., p.147.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref56\" name=\"_edn56\">[56]<\/a> Certes, dans le cadre de rapports sociaux communistes, il existera des limites \u00e9cologiques. Dans ce contexte, le processus r\u00e9volutionnaire implique n\u00e9cessairement la transformation des besoins sociaux et de la mani\u00e8re dont ils sont satisfaits, c\u2019est-\u00e0-dire de ce que nous produisons et consommons, de la mani\u00e8re dont nous produisons, de telle sorte que nous r\u00e9ussissions \u00e0 surmonter l\u2019ali\u00e9nation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref57\" name=\"_edn57\">[57]<\/a> D. Harvey, op.cit., p.148. Dans le m\u00eame chapitre, D. Harvey signale, avec justesse, l\u2019usage que l\u2019on pourrait faire de la th\u00e9orie des limites absolues aux ressources naturelles et \u00e0 la population. \u00ab\u00a0<em>Chaque fois qu\u2019une th\u00e9orie de la surpopulation s\u2019empare d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e par une classe dominante, alors les classes subordonn\u00e9es subissent invariablement quelque forme de r\u00e9pression sociale, \u00e9conomique, politique, ou mat\u00e9rielle.\u00a0\u00bb<\/em> (p.149).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref58\" name=\"_edn58\">[58]<\/a> Revue <em>Aufheben\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Moishe Postone\u2019s Time, labour and social domination \u2013 capital beyond class struggle\u00a0?\u00a0\u00bb <em>Aufheben<\/em> 15, 2007.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Ce texte sera publi\u00e9 en grec dans le premier num\u00e9ro d\u2019un nouveau magazine d\u2019ici fin 2017.] \u00c0 propos de l\u2019\u00e9cologie du capitalisme [Download pdf] &nbsp; \u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement de la production s\u2019est enti\u00e8rement v\u00e9rifi\u00e9 jusqu\u2019ici en tant qu\u2019accomplissement de l\u2019\u00e9conomie politique\u00a0: d\u00e9veloppement de la mis\u00e8re qui a envahi et ab\u00eem\u00e9 le milieu m\u00eame de la vie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":273,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":{"0":"post-356","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-3","8":"czr-hentry"},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.8 - 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